Le nouveau Blake et Mortimer ou "Quand Schuiten, Van Dormael, Gunzig et Durieux irradient Bruxelles"

 

Mortimer débarque à Bruxelles, invité au palais de justice de Bruxelles par son ami Henri qui a découvert derrière un mur, couvert de hiéroglyphes, des caves du bâtiment une forte source d’énergie électromagnétique.  Henri saisissant une masse ouvre une brèche dans la cloison et disparait dans une gerbe de lumière.  Mortimer fuyant les lieux ne peut que constater que le palais s’est entièrement illuminé d’une puissante lumière bleutée et que tous les appareils électriques aux alentours ont cessé de fonctionner.  Par précaution la ville est évacuée et une cage de Faraday est dressée autour du bâtiment, mais une catastrophe de plus grande ampleur guette.

On bouscule les codes

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Le Dernier Pharaon © Thomas Gunzig

Soyons clairs : les puristes de la saga B&M vont grincer des dents voire hurler au sacrilège.  Car ce Dernier Pharaon n’est pas un album classique, d’ailleurs il se démarque des codes de la série : pas d’Olrik, pas de narratifs à rallonge, pas de Blake (ou si peu) et surtout un trait aux antipodes de la ligne claire.  Pas de panique, tout ça est voulu et assumé par les quatre auteurs de cet album ouvertement hors-cadre qui n’est d’ailleurs pas numéroté dans la chronologie de la série.

Démarré sur base de la découverte par Daniel Couvreur (du Soir) d’une note de Jacobs (" Blake et Mortimer au palais de justice de Bruxelles ") le tome a mis 4 ans à voir le jour au fil de nombreuses réunions des auteurs qui ont délibérément choisi de briser -dans une certaine mesure- les codes de la série.  Une collaboration qui a réuni un cinéaste - Jaco Van Dormael (Toto le héros, Le 8ème jour) –, un écrivain – Thomas Gunzig (Manuel de survie à l’usage des incapables) - , un graphiste/coloriste – Laurent Durieux- et François Schuiten soient 4 brusseleirs de naissance ou d’adoption, amoureux de leur ville et fasciné par le palais de justice et ses échafaudages mythiques.

Qu'en penser ?

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Le Dernier Pharaon © Blake et Mortimer

Au rang des qualités de l’album citons en premier ses planches.  C’est simple, on est happé par la beauté des dessins de Schuiten et leur mise en couleur par Durieux.  Des dessins très mais alors très éloignés de ceux de Jacobs qui crisperont sans doute les puristes qui oublient souvent qu’une reprise n’est pas forcément une trahison et qu’elle peut au contraire mettre en avant les qualités de l’original. 
Schuiten est issu d’une famille d’architectes et ça se sent, les décors sont justes splendides, il n’y a pas d’autres mots, et les couleurs de Durieux les magnifient.  Un rendu encore renforcé par la qualité du papier choisi par le dessinateur.

Le scénario à quatre mains de Van Dormal et Gunzig n’est peut être pas parfait – après tout c’est leur première BD- mais il reste dans la lignée de Jacobs par ses références à la science et à la technologie.  Bon, c’est parfois tordu, voire ésotérique mais loin d’être déshonorant pour la série et pourrait être rapproché selon les dires même des quatre auteurs du " Piège Diabolique " un tome de la série classique lui-même un peu à part.

Y aura-t-il d'autres tomes ?  Non, les auteurs ont dit ce qu'ils avaient à dire sur le sujet et s’arrêteront là, mais la porte est ouverte à d'autres reprises comme c'est le cas pour Spirou ou Lucky Luke par exemple.

 

Bref : qu’il hérisse ou non les fans inconditionnels, cet album est à tout coup un événement ne fut-ce que par la personnalité et la qualité de ses auteurs.

 

TITRE : Le Dernier Pharaon

AUTEURS : Schuiten (D), Gunzig et Van Dormael (S) et Durieux (C)

EDITEUR : Blake et Mortimer

 

Denis MARC