Le festival d'Angoulême ouvre l'année de la BD en France

Le dessinateur Cyril Pedrosa ("L'Âge d'or").
Le dessinateur Cyril Pedrosa ("L'Âge d'or"). - © JOEL SAGET / AFP

Grand rendez-vous annuel des amoureux de la bande-dessinée franco-belge, la 47e édition du célèbre Festival d’Angoulême va aussi marquer, dès jeudi, pour les Français, le lancement officiel d’une année consacrée à la BD, sur fond d’inquiétude des dessinateurs et scénaristes qui peinent à vivre de leurs planches, dans un secteur saturé et peu rémunérateur.

Comme le dit le ministre français de la Culture, Franck Riester, attendu jeudi à Angoulême, "la France aime le 9e Art !". Signe de cet intérêt, le Président français Emmanuel Macron est également attendu jeudi et a prévu notamment de déjeuner avec des auteurs. La dernière visite d’un chef d’État au festival d’Angoulême remonte à 1985, avec François Mitterrand.

Pour tenter d’apaiser une inquiétude qui pourrait se transformer en colère – plusieurs organisations professionnelles, dont le Syndicat des auteurs (Snac BD), ont invité les auteurs présents à Angoulême à "poser leurs crayons" vendredi –, le ministère de la Culture vient de rendre public le rapport commandé il y a un an à Bruno Racine. Constatant que "l’État ne peut assister sans réagir à la paupérisation des artistes auteurs", le rapport liste 23 recommandations visant à améliorer et à clarifier la situation désastreuse des auteurs de BD.

Le paradoxe de la BD

La situation est paradoxale. D’un côté, les chiffres du secteur donnent le vertige, avec un chiffre d’affaires total de 276,2 millions d’euros et près de 44 millions d’albums vendus en 2018. De l’autre, la situation des dessinateurs et scénaristes de BD ne cesse de se dégrader. 53 % des auteurs de BD vivent avec moins que le Smic, plus d’un tiers vivent sous le seuil de pauvreté. Les femmes sont encore plus mal loties, puisque 50 % des autrices vivent sous le seuil de pauvreté. L’accès des auteurs aux droits sociaux n’est pas toujours garanti.

Franck Riester fera connaître les propositions qu’il retient du rapport Racine lors de la première quinzaine de février. "Ce rapport est un vrai changement de paradigme", s’est félicitée la Ligue des auteurs professionnels, qui rassemble notamment de nombreux auteurs de BD. "Il va falloir maintenant qu’il soit suivi de faits, de concret", a ajouté l’association.

"Je ne voudrais pas casser l’ambiance, mais le rapport Racine c’est un 'rapport', un avis, des préconisations. Cela ne préjuge en rien de ce que le gouvernement et le SNE en fera", tempère le dessinateur Cyril Pedrosa ("L’Âge d’or"). Le SNE, syndicat professionnel des éditeurs, n’a quant à lui pas commenté le rapport de Bruno Racine.

Pas question de légiférer

Du côté des éditeurs, si on reconnaît volontiers que la situation économique et sociale des auteurs est "difficile et précaire pour beaucoup d’entre eux", il n’est pas question pour autant de légiférer, a indiqué le président du SNE, Vincent Montagne, lors de la récente cérémonie des vœux du syndicat. "La tentation est grande de se tourner vers l’État et les pouvoirs publics pour légiférer… toujours légiférer, légiférer pour mieux normaliser", a déploré M. Montagne, par ailleurs président de Média-Participations (Dargaud, Dupuis, Le Lombard, Urban Comics, Kana, etc.), leader européen de la BD.

"Tout n’est pas rose au pays de la BD", admet Franck Bondoux, délégué général du festival qui entend malgré tout faire de cette manifestation une fête. Quelque 2000 auteurs et autrices sont attendus à Angoulême jusqu’au 2 février. De nombreuses expositions dont, pour la première fois en France, une rétrospective consacrée à l’Américain Robert Kirkman, créateur de la série Walking Dead, seront présentées au public. Première dessinatrice de BD nommée à l’Académie des Beaux-Arts, Catherine Meurisse (par ailleurs en lice pour le Grand prix d’Angoulême) aura également droit à une grande exposition.

Le programme complet du festival est accessible sur son site officiel. L’ensemble des manifestations prévues en France dans le cadre de "2020, année de la BD" est également accessible en ligne. Le Fauve d’or, prix très convoité attribué au meilleur album de l’année, sera décerné samedi soir, avec 43 albums en lice. Au-delà d’Angoulême, le festival a invité tous les Français à faire une pause, jeudi à 13 heures, pour lire la bande dessinée de leur choix.