Tardi en spectacle à la foire du livre ce samedi!... Ne ratez pas "Le Dernier Assaut"...

Le dernier assaut
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Le dernier assaut - © Casterman/Tardi/Grange

Un livre époustouflant, le plus abouti peut-être de Jacques Tardi... Et un spectacle de textes, de dessins et de chansons, ce samedi 11 mars, à 17h, à la Foire du Livre de Bruxelles! A voir, absolument!... 

Avec Tardi, les journalistes aiment parler d’une obsession pour la guerre 14/18. Je parlerais plutôt, quant à moi, d’une fidélité que cet auteur a vis-à-vis de lui-même. Il est pour moi peut-être le dernier des artistes de sa génération à pouvoir dialoguer, dans les miroirs de ses œuvres et de ses engagements, avec le jeune de vingt ans qu’il fut au temps de " Polonius ", de " Rumeurs sur le Rouergue ", de " La Véritable Histoire du Soldat Inconnu ". Révolte, anarchie, humanisme objectif, espérances déçues, voilà les thèmes qui ont été les siens et qui le restent toujours.

Et ici, dans " Le Dernier Assaut ", il continue sa quête, celle de ses propres hantises, de ses propres attentes. Mais il ne le fait pas uniquement au travers d’un récit, cette fois-ci : l’histoire de cet album, c’est aussi celle d’un spectacle dans lequel son épouse, Dominique Grange, occupe une place importante. Cette chanteuse qui, dans la lignée de chanteuses comme Pia Colombo ou Hélène Martin, a comme thème d’inspiration la révolte quand elle se veut et se peut révolution au quotidien du combat, cette artiste est présente dans ce livre avec un cd de 14 chansons. Des chansons mélos ou guerrières qui font penser à celles que les va-t-en-guerre de 14 chantaient, mais qui osent, elles, faire preuve de réalisme, de véracité, jusque dans les impressions qu’elles provoquent, dans les sensations qu’elles éveillent, dans les images qu’elles recréent : odeurs, larmes, bruit des pieds dans la boue, charniers…

Un cd qui, additionné aux dessins de Tardi, additionnés aussi à une présence scénique des textes qui forment l’architecture de ce dernier assaut, crée un spectacle envoûtant… Un spectacle qui s’est déjà baladé en France, en Grande-Bretagne, ailleurs encore… Mais pas en Belgique où le monde culturel ne semble pas en avoir connaissance !...

Le titre choisi par Tardi pour ce livre correspond bien entendu totalement à son contenu, celui d’une horreur qui, même routinière, n’en demeure pas moins insoutenable.

Mais un autre titre aurait pu tout aussi bien convenir à ce récit d’un brancardier errant dans l’horreur. Un titre emprunté à la chanson éponyme de Dominique Grange : " Entre morts et mourants "…

Cette chanson, sur le cd, est une des plus puissantes, d’ailleurs… Avec " Au ravin des enfants perdus ". Le ton en est lent, presque détaché de ce qui est dit, de ce qui est chanté, et cette interprétation ajoute encore au poids des images que ce chant impose à celui qui l’écoute.

Entre morts et vivants, c’est là que survit en errance le brancardier Augustin. Un homme qui pourrait être le personnage central de ce livre, lui qui porte le poids, malgré sa non-violence, d’un meurtre, et ce tout au long de son périple de galerie en champ de bataille, de combat en dispensaire. Mais il n’est là, dans ce livre, finalement, que comme les chœurs antiques dans les tragédies grecques. Tout comme la voix off qui rythme et ponctue, de bout en bout, les réflexions de plus en plus désabusées d’Augustin.

Augustin et cette voix off : deux voix mêlées qui sont un peu le fil d’Ariane d’un labyrinthe qui ne mène qu’au néant!

Le personnage central de ce livre, c’est la guerre, rien qu’elle. On dirait presque que, depuis des années, Tardi tendait à cette espèce de dépouillement tout en désespérance.

Dans ce dernier assaut, au contraire des autres livres que Tardi a consacrés à la guerre 14/18, le texte prend une importance capitale, par les informations qu’il donne, par les analyses qu’il offre aussi en mélangeant les époques : la guerre 14/18 en antienne de celle de 39/45, celle de 39/45 en prélude à toutes les guerres et à toutes les tueries qui, depuis, n’ont pas arrêté...

Tardi est un orfèvre, et plus encore dans ce livre-ci que dans ses précédents, peut-être. Orfèvre des mots, d’abord, dans la continuité de Louis-Ferdinand Céline… Orfèvre du dessin, ensuite, avec quelques pleines pages qui, faisant penser aux dessins qui paraissaient il y a un siècle dans " L’Illustration ", s’en éloignent dans la description sans apprêt d’une vérité et d’une réalité d’abord et avant tout triviales et faites de souffrances indicibles.

Au fil des années, d’album en album, toujours fidèle à lui-même, c’est sa haine de la guerre et de la tyrannie que Tardi dessine et raconte, qu’il le fasse avec des scénaristes ou sous sa seule responsabilité.

Il atteint ici, dans cette révolte fondamentale, un sommet, graphiquement et littérairement… Et Dominique Grange réussit, dans ce dernier assaut, à ajouter, en osmose, une musique aux dégoûts et aux rages de Tardi, à ses peurs et à ses espérances aussi, peut-être…

" Le Dernier Assaut ": un livre et un cd à ne surtout pas rater!... 

 

Jacques Schraûwen

Le Dernier Assaut (Tardi pour la bd – Dominique Frange pour le cd – Accordzéâm pour le spectacle – éditeur : Casterman)