"La vie est bonne" : satire jubilatoire d'une jeunesse virtuelle

“La vie est bonne” : satire jubilatoire d’une jeunesse virtuelle
2 images
“La vie est bonne” : satire jubilatoire d’une jeunesse virtuelle - © Tous droits réservés

La star d’Instagram Violente Viande et l’illustratrice Lucy Macaroni se sont réunis sur papier pour produire un pamphlet moderne racontant la futilité du quotidien connecté de la jeunesse contemporaine. Absurde et désopilant.

 

Le style d’humour n’est pas sans rappeler le surréalisme piquant de Fabcaro (Zaï zaï zaï zaï) ou de Geoffroy Monde (De Rien) mis en valeur par une esthétique particulièrement léchée et actuelle. “La vie est bonne” est née de l’alliance de Violente Viande ou Florian Nardon AFK, un trentenaire bordelais aux 96.000 abonnés sur Instagram et de l’illustratrice Lucy Macaroni ou Lucie Caron. Le premier aime à jouer avec les mots et son époque en publiant régulièrement en ligne des proverbes détournés hilarants, une moquerie envers les citations que l’on trouve sur Facebook et consorts. La seconde aime dessiner et boire du vin à croire sa biographie Instagram, elle est une jeune artiste qui s’inspire de la pop culture dans ses oeuvres à la fois emplies de détails culturels et de simplicité artistique. Les deux compères qui ont investi les réseaux sociaux ont clairement compris leur utilité et en font d’ailleurs le sujet principal de “La vie est bonne”. 

 

Viande et Macaroni, gratin gagnant, brossent le portrait de la génération Y, les jeunes adultes connectés qui arrivent à un moment vide de leur vie. Ils sont ceux qui se regardent le nombril autant que leur téléphone pour se demander ce qu’ils vont bien pouvoir faire de leur vie. Devenir influent sur Instagram comme leurs idoles américaines en postant des selfies aux descriptions aussi interprétables qu’un horoscope ? Draguer sur les applications de rencontre pour trouver un plan d’un soir alors qu’ils croulent sous le poids de la solitude ? Avec un regard doux et un ton caustique, c’est la jeunesse un peu pitoyable et égoïste qui est décrite. Celle qui se trouve au carrefour d’une inversion des valeurs, celle qui est perdue entre les injonctions du passé et la liberté promise.

 

Sous la forme de saynètes de vie, des jeunes hommes et femmes discutent des conseils en matière de drague en ligne, d’autres remettent en cause leur relation à cause d’Instagram et d’autres encore monologuent pendant l’acte sexuel. Cette jeunesse déboussolée qui pourrait faire partie d’un casting de téléréalité n’est pas foncièrement vide, c’est peut-être simplement notre société qui l’est. La bande dessinée des deux artistes se révèle à la fois réaliste et remplie d’hyperboles. On se prête volontiers à rire avec eux de notre époque un peu ridicule, extravagante, loufoque et franchement surréaliste.

 

“La vie est bonne” de Viande & Macaroni

Aux Editions Payot

Sortie le 2 mai 2018