La Minute Belge : spécificité du langage belge et zwanze assurées !

la minute belge
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la minute belge - © dupuis

La richesse savoureuse de ces expressions qu’on appelle belgicismes ! Une BD souriante et, ma foi, rendant hommage à la culture de la belgitude!... Une chronique dans laquelle les trois auteurs ont été interviewés.

A l’heure où d’aucuns veulent à tout prix simplifier le langage, à l’heure où les tics de la téléphonie mobile détruisent peu à peu grammaire et orthographe, à l’heure où la mondialisation s’insinue jusque dans la communication entre les humains, il est réjouissant de se plonger dans un livre comme celui-ci !

A l’origine de cet album bd, il y a deux scénaristes qui ont uni leur goût immodéré pour un langage qui n’a pas peur de se moquer de lui-même, pour un langage, surtout, qui, toujours imagé, devient presque poétique. Le langage de tous les jours… Le langage des Belges, du nord au sud de ce petit royaume, en passant par Bruxelles, capitale de l’Europe, certes, mais capitale, surtout, de la " zwanze "… Une manière bon enfant de se moquer des autres et de soi, mais en " n’étant jamais contraire " !

En se lançant dans cette aventure à la fois linguistique, donc scientifique, et surréaliste, nos deux compères se sont surtout lancés à la poursuite d’expressions variées, imagées le plus souvent, comme je l’ai dit, mais des expressions, aussi, qui aiment " spiter " dans tous les sens pour faire sourire, pour oublier aussi et surtout d’attraper le " dikkenek ".

Cela dit, au-delà de l’amusement pur, dans le choix des expressions et des mots à traiter, il y a de la part de ces deux complices un vrai travail de fond, un vrai boulot didactique, n’ayons pas peur des mots !

C’est que les belgicismes sont aussi, fréquemment, nés d’expressions anciennes, perdues dans les oubliettes d’une histoire aux mémoires sélectives… On " soupe ", en Belgique, comme on le faisait en France jusqu’au début du vingtième siècle si mes souvenirs ne me racontent pas de " carabistouilles ".

Chaque page de cet album, ainsi, nous parle d’un mot bien précis. En donnant son sens en bon français. Mais en élargissant le propos, également, nous donnant des synonymes, des mises en situation, des déclinaisons, en quelque sorte. Et, ce faisant, les auteurs démontrent, avec le sourire toujours, que la langue est partie prenante, totalement, de la culture, de l’appartenance à une culture plutôt.

Cela dit, on se trouve bien dans l’univers de la bande dessinée, n’ayez pas peur ! Il y a du texte, mais il y a aussi du dessin. Un dessin que je qualifierais d’intemporel, ancré bien plus dans les années 60 et 70 que dans le graphisme actuel. Il y a du " Shadoks ", c’est évident, dans le trait de Medhi Dewalle, un ket qui peaufine en simplicité ses dessins qui ne ressemblent jamais à des " ratchatcha " !

Livre d’humour intemporel, cette minute belge est passionnante et souriante, de bout en bout. Et je n’ai plus qu’une envie, en refermant cet album : celle d’aller jouer une bonne partie de " kicker ", avec des amies aux chevelures pleines de " crolles ", et de guindailler un peu, tout en babelant à tout va !

Le tout, bien sûr, loin de nos draches nationales, qui sont aussi, par ailleurs, celles du nord de la France !

 

Jacques Schraûwen

La Minute Belge (dessin : Mehdi Dewalle – scénario : Fabrice Armand et Dimitri Ryelandt – éditeur : Dupuis)