L'Intégrale Des Aventures De Modeste et Pompon

Entre 1955 et 1959, André Franquin, un des dessinateurs les plus essentiels du neuvième art, a été infidèle à Dupuis !

Et c’est dans les pages du " hergéen " magazine " Tintin " qu’il a créé Modeste et Pompon, tout au long de " gags " qui, aujourd’hui, retrouvent –enfin- vie dans un album que tous les amoureux de la bd ne pourront que vouloir posséder !

Qu’on se le dise : "Modeste et Pompon" appartient pleinement à l’univers extraordinaire de Franquin ! Ce duo emblématique d’une société dans laquelle tout était possible fait bien plus que préfigurer la naissance de Gaston !

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Modeste et Pompon © Le Lombard

Modeste et Pompon, ce n’est pas du Franquin plus faible, plus gentil : c’est une série à part entière dans laquelle Franquin réussit à synthétiser, pour la première fois peut-être, les élans de son humour et de son graphisme, en petites histoires en une planche. On pourrait dire qu’il a fait là ses premiers pas vers Gaston, mais ce serait réduire les aventures de Modeste et Pompon à un rôle trop restreint dans l’œuvre de Franquin.

Cette œuvre, d’ailleurs, est au centre d’un beau dossier d’une septantaine de pages qui introduit cet album, cette intégrale. On y trouve des articles variés, parfois très (trop) intellectuels comme celui d’Augustin David, parfois très didactiques et clairs comme celui de Hugues Dayez, et tous passionnants de par l’éclairage qu’ils donnent à l’œuvre de Franquin.

Et parmi ces articles, il en est un qui mérite qu’on s’y attarde, signé par quelqu’un qui a parfaitement connu André Franquin, puisqu’il s’agit de sa fille, Isabelle ! Isabelle, qui s’est intéressée à la voiture de Modeste, un vieux tacot qui fait penser à celui de Gaston, plus tard. Il faut dire que cette automobile obsolète est un peu comme une folie visible de Modeste dans un univers quelque peu stéréotypé (volontairement !), celui d’une époque précise, avec un mobilier reconnaissable, des œuvres d’art inscrites dans le quotidien de ces années cinquante aux promesses sans cesse renouvelées. Une époque charnière, sans aucun doute, dans la carrière d’André Franquin.

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Modeste et Pompon © Le Lombard

Entre la ligne claire et l’école de Charleroi, mon choix a toujours été fait. J’aime la vivacité du graphisme de Franquin, j’aime la continuité qui a été sienne avec l’immense Jijé, j’aime l’inventivité loufoque et toujours politiquement incorrecte dont il faisait sans cesse preuve.

Et Modeste et Pompon appartiennent pleinement à son univers. Même si, de par leur présence dans le magazine " Tintin ", ils semblent être des personnages bien jolis, bien polis, bien policés, on s’aperçoit vite qu’il n’en est rien. Pompon n’est pas comme la maman de Boule, par exemple, elle n’est pas décrite ni dessinée dans une simple attitude de femme au foyer. Elle parle, elle bouge, elle vit, elle est réelle, et n’est pas qu’un simple faire-valoir. Modeste lui-même, inventeur aux dons incertains, est capable de coups de colère, d’injustices, ce méchancetés.

Et les personnages secondaires, de la même manière, que ce soient Felix ou les neveux, ont une véritable existence, une belle présence.

Et tout cela est dû, bien évidemment, aux scénarios (de Goscinny, entre autres) mis en images par Franquin. Mais le talent (le génie, osons le dire !) de Franquin a toujours été de magnifier les scénarios et les idées qu’on lui donnait. Et ce grâce à la vivacité de son dessin, à l’inventivité de son trait, aussi, au plaisir qu’il prenait à détourner, graphiquement, les gestes de l’habitude et du quotidien pour en faire des vrais éléments comiques. Et, ce faisant, pour dépasser le politiquement correct! Ce qu’il a fait avec Spirou, et, par exemple, " QRN sur Bretzelburg ", un album somptueux à lire, à relire, à redécouvrir sans cesse. Ce qu’il a fait avec Gaston, aussi, et avec ses idées noires, finalement. Ce qu’il fait, également, même si c’est de manière plus " lisse ", avec Modeste et Pompon.

Avec Franquin, le dessin est vraiment toujours au centre-même de l’histoire qu’il raconte, et c’est ce qui en fait un des dessinateurs les plus importants de l’histoire du neuvième art !

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Modeste et Pompon © Le Lombard

A l’occasion de la sortie de cet album, ce me fut un vrai plaisir que de pouvoir rencontrer Isabelle Franquin, elle qui est la mieux à même de parler de son père, bien évidemment.

Qui était l’homme derrière ses dessins ? Comment vivait cet auteur exceptionnel dont on a dit tout et son contraire ? Était-il, comme d’aucuns l’ont affirmé, un clown triste cachant ses états dépressifs dans le dessin d’humour ?

André Franquin était un dessinateur, un auteur, un artiste, avec ses doutes, certainement, mais il était aussi (et surtout peut-être) un père, un grand-père, un être humain souriant et heureux dont les bonheurs et les folies transparaissent totalement dans ses œuvres.

Et les quelques mots de sa fille, à son sujet, ajoutent encore au plaisir d’aimer ce dessinateur à qui la BD doit énormément, et plus, sans doute, qu’à Hergé !