"L'Homme sans Talent" : la poésie de l'échec

“L’Homme sans Talent” : la poésie de l’échec
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“L’Homme sans Talent” : la poésie de l’échec - © Tous droits réservés

Les éditions Atrabile publient l’une des pierres angulaires de la carrière de Yoshiharu Tsuge, le mangaka de légende japonais. 

 

“L’Homme sans Talent” est un classique du watakushi manga, un genre littéraire autobiographique. Paru pour la première fois dans les années 80 au Japon, il a par la suite été traduit dans la langue de Molière en 2004, chez Ego comme X et rapidement été épuisé. Les éditions suisses Atrabile ont décidé d’éditer à nouveau ce chef d’oeuvre sombre et permettent ainsi la (re)découverte d’un maître mangaka très singulier, aujourd’hui âgé de 81 ans.

 

Les ouvrages de Yoshiharu Tsuge sont intimement liés à sa vie puisque tous s’en inspirent plus ou moins directement. C’est le cas encore de “L’Homme sans Talent” qui met en scène un auteur de manga père de famille, désoeuvré et perdu. Traité de “larve” par sa femme, il enchaîne les déconvenues. Il sera chasseur et vendeur de pierres sans clients, réparateur d’appareils photos fauché, amateur d’oiseaux chanteurs… Tout ce qu’il entreprend est synonyme d’échec et l’homme semble presque s’en satisfaire, contrairement à celle qui partage sa vie. Le seul talent qu’il possède serait celui du trait mais il ne semble pas résolu à se replonger dans l’art. L’homme continue, persévère de nombreuses années sans ramener le moindre argent à sa famille, devenant une farce et un exemple à ne pas suivre. L’auteur met ici en dessin certaines de ses errances et son envie inconsciente de côtoyer de fond, de toucher la misère du bout des doigts pour se forcer à repartir. Durant de nombreuses années, Tsuge n’a plus voulu dessiner, après avoir été salué par tout un pays pour son style inimitable. Il puise dans ses aventures désastreuses un autoportrait qui prend aux tripes, fait sourire et surtout réfléchir. Les injonctions à un épanouissement professionnel sont-elles trop oppressantes ? Doit-on forcément faire carrière ? Qu’est-ce que "réussir sa vie" signifie ? Ce sont toutes ces angoisses que le mangaka japonais illustre finalement dans “L’Homme sans Talent”. Une ode à l’échec et à l’errance qui résonne particulièrement dans un monde où le déterminisme social est roi.

 

 

En 2005, “L’Homme sans Talent” a concouru pour être le Meilleur album de l’année au Festival d’Angoulême, prouvant la vérité criante de cet ouvrage plein d’intelligence.

 

 

L’Homme sans Talent de Yoshiharu Tsuge

Paru en novembre 2018

Traduit par Kaoru Sekizumi et Frédéric Boilet

Préface de Stéphane Beaujean et Léopold Dahan

Aux Editions Atrabile

Le site web de la maison d’édition