L'artiste qui plaçait Tintin en "charmante compagnie" attaqué par Moulinsart devant la justice française

Moulinsart, la société qui gère les droits de l’œuvre d’Hergé, a attaqué en justice le dessinateur français Xavier Marabout pour "contrefaçon" et "atteinte au droit moral". L’objet du litige : des détournements qui placent Tintin dans les bras de femmes en chemise de nuit ou en porte-jarretelles, inspirés de l’univers du peintre américain Edward Hopper.

Les œuvres circulent depuis un petit temps sur internet. On peut y voir le célèbre petit reporter en compagnie de femmes, toujours très sexualisées, s’insérer dans les œuvres d’Hopper. Comme dans le fameux Nighthawks, qui représente un bar peu peuplé au coin d’une rue. Marabout y insère Tintin avec une femme presque dévêtue, au comptoir du bar.

Des scènes indéniablement sexy, qui ne sont pas du goût de Moulinsart. Le héros d'Hergé est en effet connu pour être presque asexué, puisqu'on ne lui connait aucune relation amoureuse. L'oeuvre du dessinateur belge ne fait jamais référence à la sexualité, ni même à la romance autrement que de manière grotesque (entre la Castafiore et le capitaine Haddock). Les détournements réalisés par Xavier Marabout jouent justement avec cette absence dans l'oeuvre originale en plaçant ce héros que l'on n'a pas pour habitude de voir entouré de femmes (elles sont très peu présentes dans les albums).

Lundi passé, le procès s'est ouvert devant la cour de grande instance de Rennes, en Bretagne, d'où est originaire Marabout. Ce dernier se défend en invoquant le droit à la caricature, Tintin étant un personnage ancré dans la culture populaire. Moulinsart réclame 12.500 euros de dédommagement. Le jugement sera rendu le 10 mai prochain, et sera probablement scruté avec attention tant il risque de faire jurisprudence quant à l'utilisation de l'image de Tintin et de son créateur. 

Car ce n'est pas la première fois que Moulinsart se bat devant la justice pour protéger ses droits d'auteurs, au grand dam d'artistes, amateurs, médias et autres institutions qui ne peuvent librement utiliser ou copier des visuels contenant des dessins d'Hergé. En 2019, par exemple, un illustrateur français avait été condamné à 10 ans de prison avec sursis pour avoir dessiné, signé et vendu des dessins détournant déjà Tintin et les autres personnages de ses aventures