Klimt

Klimt
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Klimt - © Glénat

L’histoire d’un tableau, l’histoire d’une amitié, l’histoire d’un des génies de la peinture… Un album somptueux, incontestablement, dont le scénariste parle dans cette chronique. L’Art et la BD font vraiment de plus en plus excellent ménage !

Nous sommes au tout début du vingtième siècle, à Vienne, haut lieu de la peinture en mouvement, avec comme représentant hors-normes Gustav Klimt.

Pour parler de peinture, que ce soit en littérature ou en bande dessinée, les auteurs ont souvent envie de se plonger dans une analyse biographique du personnage choisi. Ici, Jean-Luc Cornette, le scénariste de cet album, a fait un autre choix. Celui, bien sûr, de suivre, mais de manière non chronologique, une part de l’existence de Klimt, mais surtout de le faire en s’attardant moins sur l’histoire d’un homme, d’un artiste, que sur celle d’un tableau, d’une époque, d’une ambiance aussi. Et même si c’est un tableau précis de Klimt qui est au centre de ce livre, c’est d’abord et avant tout le thème de la création, au sens large du terme, qui y est abordé.

Après avoir appartenu, activement, à ce qu’on a appelé, artistiquement, " la sécession de Vienne ", Klimt s’en est éloigné assez rapidement, soucieux sans doute de n’être que lui-même, et de n’appartenir à aucune confrérie, à aucune école.

Il en a résulté pour lui bien des incompréhensions, bien des haines aussi, il faut le dire, et, après sa mort, une longue période de purgatoire. Un purgatoire dû, non à sa manière d’aborder, dans sa peinture, le côté charnel de la femme, des femmes, mais bien plus à l’image d’art " décoratif " que d’aucuns ont voulu coller à ses œuvres.

Aujourd’hui, le revoici, heureusement, au premier plan. Et c’est à un de ces tableaux les plus connus que les auteurs s’intéressent, dans cet album. Un tableau dans lequel sa passion pour une femme, une amie, se transforme en or, de l’or que l’on retrouve d’ailleurs, avec des chatoiements de matière superbes, sur la couverture de ce livre.

Mais puisque c’est de création que nous parlent Marc-Renier et Cornette, ils n’ont ni gommé ni estompé la personnalité de Klimt. Dans ce livre, on parle de féminité, de chasteté et de désir, de passion et de fuite, de tendresse et de folie, de cauchemars et de fulgurances. On parle, tout simplement, d’érotisme et d’art, un art qui, pour aboutir à sa plénitude, se doit souvent d’être choquant !...

Ce " Klimt" est un livre extrêmement fouillé, tant au niveau du scénario que de l’iconographie. Il se complète, d’ailleurs, par un dossier succinct mais particulièrement intéressant.

Et le dessinateur Marc-Renier, tout comme le coloriste, Mathieu Barthelemy, ne sont pas étrangers, loin s’en faut, à la véritable réussite de ce livre. Marc-Renier, trop peu connu, est de ceux qui, un jour, ont décidé, comme Servais ou Schuiten, de quitter les sentiers battus du neuvième art pour innover, tant dans le trait que dans la construction narrative. Et l’osmose entre ces deux artistes graphiques permet de profondément recréer un univers sans jamais chercher à retranscrire de façon totalement fidèle les œuvres de Klimt. Ce sont, en quelque sorte, les tableaux de Klimt qui prennent vie sur le papier de Marc-Renier et de son coloriste, ce sont eux, avec leurs rêves et leurs errances, qui créent un récit dans lequel le lecteur ne peut que s’enfouir avec délice.

Vous l’aurez compris, j’ai beaucoup aimé ce livre, qui n’est jamais pédant tout en étant intelligent et passionnant et en nous faisant vraiment découvrir, de l’intérieur, le monde de l’art. C’est un livre qui m’a remis en mémoire un film superbe, avec Helen Mirren, " La femme au tableau "… Comme quoi, tous les arts, qu’ils soient troisième, septième ou neuvième, sont faits pour se rencontrer !...

 

Jacques Schraûwen

Klimt (dessin : Marc-Renier – scénario : Jean-Luc Cornette – couleurs : Mathieu Barthelemy – éditeur : Glénat)