Journal d'Anne Frank

Journal d'Anne Frank
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Journal d'Anne Frank - © Editions Soleil

Ce n'est pas la première fois que le journal d'Anne Frank a été adapté en bande dessinée!... Voici la chronique parue à ce sujet il y a deux ans...

Dans ces heures où le monde semble perdre la boule, il n’est pas inutile, sans doute, de redécouvrir quelques " valeurs " essentielles, celles de l’existence plus forte que toutes les haines. Des valeurs mises en évidence, avec pudeur, dans cet album absolument superbe, à tous les niveaux !

Le journal d’Anne Frank a été édité, réédité, des milliers de fois, depuis sa première parution, deux ans après la fin de la deuxième guerre mondiale, grâce à la ténacité du père de Anne, rescapé des camps de la mort.

Ce livre-ci adapte en bande dessinée la première édition, qui s’intitulait " L’Annexe : Notes de journal du 14 juin 1942 au 1er août 1944 ".

Et le pari, celui de mettre en images un tel texte, émotionnellement porteur de bien des sensations, était osé, avouons-le.

Mais toutes les peurs que j’avais en ouvrant ce livre ont vite disparu : cette bd est une totale réussite !

Raconter l’histoire d’Anne Frank, c’est bien entendu raconter une page sombre de l’histoire qui a construit notre présent.

Nous sommes dans les années 40… Et Anne est juive… Même si c’est aux Pays Bas qu’elle vit avec ses parents, la grande histoire, celle du nazisme, celle du racisme, rejoint ses petites histoires quotidiennes.

Parce que le best-seller qu’est et reste le livre originel, c’est cela : le journal d’une gamine qui reçoit un cahier pour ses treize ans et décide d’y parler d’elle, de son monde, de ses expériences. Comme des milliers de jeunes filles de son âge.

Pour adapter ce texte, les auteurs ont choisi, avec intelligence, la voie de la sobriété, de la simplicité.

La base, au niveau du texte comme du dessin, c’est exclusivement le texte qui fut écrit par Anne Frank, ce ne sont que ses propres mots de jeune fille qui rythment la narration.

A aucun moment, les auteurs ne sacrifient à un quelconque sensationnalisme : le scénario d’Ozanam construit un récit, crée un découpage qui permet une histoire linéaire, avec le refus constant de dramatiser cette histoire, et le dessin de Nadji va à l’essentiel, en toute simplicité, tant au niveau du trait que de la couleur.

Pas de grands effets, donc, mais un respect total de ce qu’a écrit Anne Frank, de ses rencontres, de ses sensations, de ses sentiments, de ses introspections, de ses questions.

Une vraie pudeur de sentiment qui n’empêche pas un livre très porteur d’émotion…

Ce livre, c’est avant tout le portrait d’une adolescente qui grandit comme toutes les adolescentes, mais dans des conditions difficiles : celles de l’enfermement, d’une cachette sans intimité, de la peur, de la coexistence avec des inconnus pas toujours très sympas.

Oui, c’est la vie, courte, trop courte, d’une gamine devenant jeune femme. C’est le récit, simple, souple, serein presque, d’une ado qui mûrit bien trop vite à cause de ce qu’elle vit et subit, mais qui n’en demeure pas moins une petite fille rêvant du grand amour, une presque femme continuant inlassablement à croire en des jours meilleurs, des jours où elle pourrait, adulte, être une femme écrivaine !

C’est cela qui fait de ce livre un livre formidable : pas de tape-à-l’œil, pas de larmoiements toujours un peu populistes, mais une vraie " histoire ", celle d’un être humain pétri de qualités humanistes, celle d’une destinée brisée et, en même temps, resplendissante.

Un petit dossier termine cet album, de manière à permettre au lecteur de replacer tout ce qui y est raconté dans son véritable contexte, et qui s’appelle : " Ce que le journal ne dit pas… "

Cette bd est vraiment intelligente, à tous les niveaux, et met en avant des qualités de tolérance, d’acceptation, de main tendue, des qualités, vous l’avouerez, qui, de nos jours, ont bien besoin d’être mises en avant !

Des qualités qui font de ce livre un vrai coup de cœur à partager tous azimuts !

 

Jacques Schraûwen

Journal d’Anne Frank (scénario : Ozanam – dessin : Nadji – éditeur : Editions Soleil)