Hyver 1709 : Livre II

Sur fond de guerre de succession d’Espagne et d’hiver qui semble sans fin, voici le deuxième et dernier tome d’une aventure humaine dans laquelle la mort occupe une place centrale… comme dans la vie en ce début de dix-huitième siècle sans pitié !

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Hyver 1709 © Glénat

Loys Rohan, aventurier dont on découvre le passé au tout début de cet album, continue sa mission : prendre livraison d’une cargaison de blé, et ce en s’aventurant dans un pays ébloui de froid, en se coltinant avec des humains déshumanisés par la misère, la foi, la crédulité, la cruauté.

C’est un peu la monstruosité qui se trouve au centre de cet " Hyver 1709 ", cette monstruosité qui naît des événements, des éléments aussi, et transforme l’humain en une entité à la fois immorale et amorale.

Une monstruosité qui se nourrit d’espérances impossibles et de morts imposées. Le sabre et le goupillon, en quelque sorte !

Les personnages, dans cette aventure, sont nombreux. Et Nathalie Sergeef, la scénariste, a une manière bien à elle de travailler, de mettre en scène son histoire, ses histoires. Elle travaille par petites touches, ne se souciant jamais d’une unité de lieu ou de temps, mais laissant à ses personnages tout le loisir d’évoluer, de changer, de vivre, simplement… ou de mourir ! Parce que, dans ce second volume, on peut dire que la mort, sanglante, violente, horrible, est omniprésente. Et parfois même superbement inattendue !

C’est le cas avec la mort d’Oriane, cette jeune noble qui annonce, par ses réflexions et ses actions, ce que seront, bientôt, en France, les premiers sursauts de la révolte, de la Révolution. Alors que, en tant que lecteur, on s’attendait, après le premier tome, à ce que Rohan et elle construisent une relation forte et souriante, Nathalie Sergeef et Philippe Xavier la font ici disparaître définitivement dans des pays qu’on ne sait pas, comme le dit le poète !

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Hyver 1709 © Glénat

Je le disais, la scénariste travaille par petites touches, qui semblent ne jamais arriver à leur terme. Mais qui finissent, malgré tout, par créer une vraie mise en scène d’une aventure d’hommes et de nature intimement mêlés… On a l’impression que le dessin, dans ce second volume, pourrait se suffire à lui-même. Mais le talent de Nathalie Sergeef est de réussir à ce que toutes les tranches de vie de ses personnages, les " bons " comme les " méchants ", nourrissent pleinement le graphisme de Philippe Xavier. Un dessin au réalisme souvent somptueux, dans la lignée de gens comme Boucq et Hermann, un dessin, aussi, extrêmement fouillé quant aux décors, aux habillements, aux animaux… La véracité historique, plus que dans Croisade par exemple, autre série dessinée par Xavier, occupe ici une importance capitale… L’environnement de Rohan, qu’il soit fait de maisons, de paysages, de lieux, de sensations, est même un des éléments essentiels du scénario de ce " Hyver 1709 ".

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Hyver 1709 © Glénat

Dans cette seconde partie d’Hyver 1709, il y a un ton très différent de ce qu’on avait découvert dans le premier tome. Philippe Xavier abandonne, en quelque sorte, son poste de créateur pour se laisser emporter, du bout de ses plumes et pinceaux, dans l’aventure qu’il fait un peu plus qu’illustrer. Il n’est plus vraiment acteur de l’intrigue, du récit, mais observateur privilégié, et c’est sans doute ce qui donne à son trait une fluidité qui n’exclut pas la puissance, puissance d’évocation, de sensation… Une puissance augmentée aussi, indubitablement, par la mise en couleurs de Jean-Jacques Chagnaud, qui prouve que la colorisation " virtuelle " peut se révéler d’une extraordinaire qualité et d’une lumineuse efficacité !

Même si on peut reprocher au scénario, de temps en temps, de se perdre un peu en route, tout finit, dans cette mini-série de deux albums, à se mettre en place. A quitter l’hiver et ses frigides présences pour un printemps plein de promesses, ce qui se dessine à  l’ultime page de ce second tome. On a vécu avec des personnages hauts en couleur, héros ou anti-héros, on les a vus évoluer, vieillir, vivre, survivre, mourir. On s’est attachés à Rohan, on a aimé son périple à la fois personnel et historique.

Scénariste et dessinateur (et coloriste…) forment une superbe équipe, c’est évident, et cette fresque en deux parties, qui nous fait entrer à la fois dans une époque, des lieux, et des psychologies humaines, mérite assurément d’être découverte par tous les amoureux de bonne bande dessinée réaliste historique.

 

Jacques Schraûwen

Hyver 1709 : Livre II (dessin : Philippe Xavier – scénario : Nathalie Sergeef – couleurs : Jean-Jacques Chagnaud – éditeur : Glénat)