HSE : une série d'anticipation en trois volumes

HSE
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HSE - © Dargaud

Dans le monde qui nous régit, l’homme va-t-il devenir un produit de spéculation ? Les jeux d’agent, en bourse ou ailleurs, vont-ils finalement avoir raison de toute liberté individuelle ? Voilà quelques-unes des questions que pose cette série à ne rater sous aucun prétexte !

HSE : Human Stock Exchange. Le titre donne, d’emblée, le ton de ce qu’on va découvrir.

Xavier Dorison est un scénariste qui aime varier les plaisirs, passer de l’humour à l’aventure, de l’imaginaire au réalisme. Et dans chacun de ses travaux, ce qui est remarquable, c’est la qualité de sa mise en scène, la qualité de son texte, l’intelligence, aussi, des histoires qu’il raconte, des histoires toujours, d’une manière ou d’une autre, rattachées à nos quotidiens…

Ici, il imagine un monde dans lequel les êtres humains peuvent solliciter leur cotation en bourse. Et ceux et celles qui réussissent à y parvenir portent 24h sur 24 un bracelet qui indique leur valeur et ses fluctuations.

Parmi eux, Felix Fox. Vendeur de voitures, au dé part, il grimpe les échelons de la " valeur marchande ", découvre le luxe et ses miroirs aux alouettes, il perd de son humanité en gagnant de l’argent. L’amour lui-même va souffrir de son ascension fulgurante.

Et c’est avec lui que se construit cette histoire qui s’avère finalement une fable sur notre propre monde, au long d’un thriller économique passionnant. Et sombre!

 Introduction sur les marchés, augmentation de capital, dividendes : tous les codes des marchés boursiers sont omniprésents dans cette série, accompagnés par les manipulations, les délits d’initiés, les libertés individuelles bafouées. Et ce récit, qui est d’anticipation, incontestablement, n’est, tout compte fait, pas très éloigné de la réalité : même si, à l'heure actuelle, vous ne trouverez pas d'êtres humains cotés comme tels, on n'en est plus très loin puisqu'une série de clubs de football sont cotés en bourse, Chelsea, Manchester United, Ajax Amsterdam, etc. Que leurs vedettes partent ou soient blessées et la valeur de l'action peut plonger. Aux Etats-Unis, autre exemple, une société californienne possède des droits sur les revenus d'une série de sportifs de premier plan. Elle voudrait transformer ces droits en actions à coter sur les marchés financiers.

Le scénario de Dorison, vous l’aurez compris, puise ses sources dans ce que notre monde peut devenir, à court terme même ! Pour illustrer cette histoire, conjuguée en trois tomes, pas plus, il fallait sans aucun doute éviter le tape-à-l’œil, tant au niveau du scénario que du dessin, tape-à-l'oeil cher à quelques séries bd interminables bien connues.

Le dessin de Thomas Allart aurait pu n’être que réaliste. Mais le dessinateur a eu à cœur, justement, d’appuyer le propos de cette série par un graphisme qui tantôt épuré, tantôt proche de la caricature, crée plus des ambiances que des détails, de planche en planche. Et pour ces ambiances, il a pu compter sur le talent de son coloriste, Christian Lerolle, qui, dans des tons presque acidulés parfois, terriblement violents à d’autres moments, comme dans les ultimes planches de cette série, réussit à faire preuve d’une belle originalité.  

La bande dessinée prouve, avec cette série, qu’elle peut (et doit) aussi alerter tout un chacun de dangers plus ou moins immédiats, à l’instar de la " vraie " littérature, et participer ainsi à une prise de conscience de la société à l’égard d’elle-même et de ses évolutions.

HSE donne froid dans le dos, selon l’expression consacrée. Mais pour qu’un tel monde ne devienne pas le nôtre, n’est-ce pas à nous tous, finalement, qu’il appartient de réagir ?...  

En

 

Jacques Schraûwen

HSE (dessin : Thomas Allart – scénario : Xavier Dorison – couleurs : Christian Lerolle - éditeur : Dargaud)