Holy Wood

Holy Wood
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Holy Wood - © La Boîte à Bulles

Holy Wood : la sainte forêt, le bois sacré, un lieu dans lequel des monstres fabriquent des stars, des rêves, des espérances finalement toujours déçues… Holy Wood : un livre étonnant, dérangeant, intelligent, touffu, envoûtant !

Tommy Redolfi a choisi un sous-titre explicite pour son album, un sous-titre qui, à sa manière, résume le contenu de ce livre de quelque 250 pages : " Portrait fantasmé de Marilyn Monroe " !

Et c’est bien de Marilyn Monroe qu’il s’agit, une Marilyn qu’on reconnaît, dont on reconnaît les amours et les amants, les films et les dépressions, les sourires et les blondeurs, les douleurs et les silences.

Mais à partir de la réalité, celle que tout un chacun connaît ou peut découvrir en se baladant à la cinémathèque ou sur internet, Tommy Redolfi a laissé son imagination prendre le relais, d’abord, le dessus ensuite. Il y a à la fois du réalisme et du fantastique dans ce livre vraiment passionnant. Un fantastique à la Tod Browning, pour rester dans des références cinématographiques.

Holy Wood, c’est une forêt dans laquelle vivent, dans des vieilles caravanes, des monstres de foire, femme à deux têtes, géant, etc. Des êtres que la société a rejetés après les avoir adulés. Et ce sont eux qui forgent les stars d’un art qui est devenu universel, celui du cinéma.

C’est là que débarque une jeune femme longiligne aux cheveux bruns, une jeune femme qui rêve de devenir une vedette, et qui va le devenir en se laissant manipuler, en laissant son corps et son âme devenir autres.

Il est impossible de résumer ce Holy Wood, tant s’y retrouvent mêlés des thèmes qui dépassent, et de loin, le simple contenu d’un récit, voire d’une biographie.

Marilyn s’y révèle comme une femme en rupture d’elle-même, une femme à la poursuite de sa seule mémoire et qui, pour se restaurer à ses propres souvenirs, se doit de devenir un monstre acceptable aux yeux de tous.

Ce livre est certes une fable sur le cinéma, sur le vedettariat, mais il est bien plus !

On y parle d’une enfance violée, d’amour, de désir, d’aliénation, du pouvoir que prend l’apparence sur la réalité. La psychologie est omniprésente dans cet album, et les pages fourmillent de symbolismes aux significations assez évidentes : la forêt, le sang, la monstruosité, les dessins d’enfants comme un brouillon du langage devenant révélateur de vérités enfouies.

Marilyn, ici, c’est Alice au pays des non-merveilles, de l’angoisse, de la peur et, définitivement, de l’absence et de la mort. C’est une femme face à elle-même, face à ce qu’elle a été, avec comme seule échappatoire la folie, porte ouverte sur la lutte qu’elle livre à sa mémoire.

Mourir, pour elle, c’est simplement tout recommencer, et faire comme si rien ne s’était jamais passé. Le néant, pour la vraie Marilyn comme pour celle de Tommy Redolfi, est l’unique recours, l’unique secours, l’inéluctable finalité.

Ce " Holy Wood " est un bel objet graphique, d’abord. Le dessin de Redolfi, refusant tout réalisme, privilégie les apparences, comme l’histoire qu’il nous raconte, en laissant également la place à de longues plages de silences, au travers de paysages qui se découpent sur l’horizon comme Marilyn se découpe aux orées des rêves de ses admirateurs.  Pour une histoire essentiellement symbolique, l’auteur a choisi un style graphique symboliste, et c'est une vraie réussite.

Ce " Holy Wood " est, ensuite, un bel objet littéraire, avec un scénario bien construit, et bien écrit.

Au total, ce livre ne ressemble à aucun autre, et c’est aussi sa qualité, ce qui en fait un album à ne pas laisser dans l’ombre !

Si vous aimez être surpris, si vous aimez les ambiances étranges et prenantes, si vous aimez la bd qui s’aventure dans des domaines qui ne sont pas ceux de l’habitude, ce " Holy Wood " ne pourra que vous plaire et vous séduire comme il m’a séduit moi-même !

 

 

Jacques Schraûwen

Holy Wood (auteur : Tommy Redolfi – éditeur : La Boîte à Bulles)