Hergé – Tintin & Compagnie

Les 70 ans du Lombard et, donc, du Journal Tintin, une exposition à Paris, et, enfin, ce petit livre très ludique et plaisant à lire et à feuilleter : Hergé est dans l’actualité, pour les tintinophiles avertis et pour tous les autres aussi !

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Hergé Tintin & Compagnie © Gallimard/éditionsmoulinsart

C’est, bien évidemment, autour de la personnalité de Hergé que ce livre se construit. Hergé, que des tas et des tas de livres honorent déjà, que d’autres honoreront encore dans les temps à venir, comme " le dictionnaire amoureux de Tintin ", de Albert Algoud.

Alors, quelle est la particularité de ce livre-ci ?

D’abord, la collection dans laquelle il sort, une collection que Gallimard oriente habituellement vers le grand art, l’art reconnu, celui qu’on visite dans les musées.

Ensuite, le format. Un format " de poche ", une cinquantaine de pages, et une priorité accordée à l’iconographie.

Ensuite, aussi, justement, cette iconographie. Grâce à un système ingénieux d’édition, et malgré la petite taille du livre, on peut découvrir, en dépliant les pages, des illustrations de toutes sortes, qui vont de couvertures du magazine Tintin à des crayonnés, de " strips " dans la présentation qu’ils avaient lors de leur parution dans un journal belge bien connu, à des reproductions de planches originales.

Enfin, par son contenu éditorial qui a opté pour un texte léger, qui parvient à intéresser sans être pesant.

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Hergé Tintin & Compagnie © Gallimard/éditionsmoulinsart

Mais ce qui caractérise d’abord ce petit album, c’est l’intérêt qu’il porte aux personnages qui remplissent les albums de Tintin. Et, ma foi, en se baladant dans cet opuscule, on comprend assez vite que ce sont eux, ces personnages secondaires, qui n’ont rien de héros, comme Séraphine Lampion, ou le secrétaire de la Castafiore, qui font toute la richesse de ce qu’il est convenu aujourd’hui d’appeler l’œuvre de Hergé.

Hergé a grandi avec le cinéma. Un cinéma qui, jusque dans les années 70, accordait une importance énorme aux " seconds rôles ". Des acteurs, comme Francis Blanche ou Jacques François, par exemple, en étaient des spécialistes. Ces seconds rôles n’aient pas que des ombres, ils avaient une vraie consistance, une véritable existence, au-delà même de la caricature que, parfois, leur rôle imposait.

On peut dire, sans doute, que le travail de Hergé sur les personnages secondaires de ses albums s’apparente à cette intelligence que le cinéma pouvait avoir dans la construction de ses histoires.

Hergé n’avait pas grand-chose à voir avec Audiard, certes, mais ils avaient tous deux le même respect pour les " accompagnateurs " de leurs héros !

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Hergé Tintin & Compagnie © Gallimard/éditionsmoulinsart

J’entendais à la radio, il y a quelques jours, le philosophe Michel Serres dire qu’aujourd’hui la bande dessinée arrivait à l’état d’Art à part entière, avec Hergé qui s’exposait au Grand Palais, à Paris.

N’en déplaise à ce vénérable penseur, cela fait bien longtemps que les petits mickeys sont devenus un " neuvième art " de plus en plus actif, de plus en plus novateur aussi ! Si Hergé occupe le haut du pavé dans cet art graphique, les raisons en sont multiples. N’a-t-il pas été, par exemple, le premier à user de la publicité pour son personnage, en lui donnant vie à la gare du Nord de Bruxelles, devant des milliers de fans, à son pseudo retour d’URSS ?...

Hergé s’y trouve aussi, tout en haut de ce neuvième art, pour des raisons d’évidence artistique, qui vont de la composition à l’invention graphique ou narrative.

Et sa place, aujourd’hui, dans ce Grand Palais, est largement méritée, pour peu qu’on puisse parler de mérite quand on parle de véritables artistes. Même si, personnellement, je ne comprendrai jamais cette mode qui, de nos jours, transforme une œuvre de bd en objet d’abord et avant tout de spéculation !

Je ne suis pas tintinophile, même si j’ai lu tous les albums de Tintin et bien des ouvrages qui ont été consacrés à son créateur.

Et c’est peut-être pour cela que j’ai vraiment aimé ce livre-ci. Il me semble sans prétention, il s’intéresse à l’envers d’une œuvre parfois trop médiatisée à mon goût, il privilégie l’image aux mots, le jeu à la réflexion.

Et je pense qu’il ne pourra que plaire de la même manière à toutes celles et à tous ceux qui ont envie de rentrer dans un univers qu’ils ne connaissent qu’un peu, et de comprendre, ainsi, le travail de Hergé, un artiste qui est devenu le symbole même de son art !...  

 

Jacques Schraûwen

Hergé – Tintin & Compagnie (auteur : Dominique Maricq – Gallimard/éditionsmoulinsart)