Hergé est au Grand Palais. Je dirais même plus : " Il y est !"

Hergé au Grand Palais à Paris
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Hergé au Grand Palais à Paris - © RTBF Thierry Bellefroid

Ce mercredi s'ouvre à Paris la grande exposition consacrée à Hergé dans les prestigieuses salles du Grand Palais, plus habituées à recevoir les toiles de Picasso ou Hopper que des planches de bande dessinée. Pour certains observateurs, l'existence même de cette exposition fait sauter l'un des derniers verrous qui maintenaient le 9e Art dans les endroits "mineurs".

Au moment où les éditions du Lombard fêtent leur 70 ans - qui coïncident avec la création du magazine Tintin -, voir Hergé trôner sur les façades du Grand Palais à Paris apparaît comme une consécration. Pour lui - en avait-il encore besoin ? -, mais aussi et surtout pour la bande dessinée dans son ensemble.

Et pourtant, le parti-pris de cette exposition est pour le moins déconcertant. La première chose que découvre le visiteur, c'est la une du quotidien Libération annonçant la mort d'Hergé. Sur le mur principal de la première salle : quelques-unes des toiles que le père de Tintin a réalisées à la fin de sa vie. Il est évidemment intéressant de découvrir la peinture de cet homme qui s'est beaucoup intéressé à l'art et plus particulièrement à l'art moderne. De là à entamer la visite par ces tableaux, il y a un pas ! Un pas que les concepteurs de l'exposition ont naturellement enchaîné avec une salle dédiée aux plus belles pièces de la collection personnelle d'Hergé - dont son portrait peint par Andy Warhol que les visiteurs du Musée Hergé de Louvain-la-Neuve connaissent bien. Tout cela place immédiatement l'exposition du Grand Palais sous la caution de la peinture. On pourrait le regretter car cela apparaît presque comme une marche arrière toute pour se dédouaner d'avoir accueilli ici un auteur de bande dessinée. 

Passée cette entrée déconcertante, on plonge très vite dans la narration séquentielle, dans l'art du montage et du découpage. Jolie trouvaille visuelle : un immense mur de lettres formant le nom HERGÉ, chacune de ces lettres étant en réalité composée de cadres reprenant le travail de story-boarding de la dernière aventure inédite de Tintin : Tintin et l'Alph'Art. Bref, on met assez vite le nez sous le capot. Mais sans passer par une chronologie de l'œuvre. En réalité, on va à peu près à rebrousse-temps, comme si cette exposition avait été conçue sur le principe d'un immense flash-back. La preuve en est que dans les toutes dernières salles, on découvrira bel et bien Tintin au pays des Soviets !

Le public français sera ravi de découvrir tant de facettes de l'œuvre d’Hergé, alors que les originaux du maître sont à peu près invisibles dans la plupart des expositions consacrées à la bande dessinée. La salle accueillant les travaux publicitaires le confirme, largement plébiscitée par les premiers visiteurs. Des visiteurs qui apprécient aussi tout particulièrement cette salle proposant douze originaux en regard des pages d'albums parues, le tout placé sous le double regard de la maquette du château de Moulinsart et de la photo panoramique de celui qui l'a inspiré - Cheverny. Il y a là des trésors que tout spectateur devrait apprécier.

Le public belge y trouvera-t-il lui aussi son compte ? Globalement, oui. À condition de ne pas être un visiteur trop assidu du Musée Hergé de Louvain-la-Neuve. Certaines idées scénographiques ont purement et simplement été copiées sur celles du Musée. Et la chronologie parisienne désordonnée sonne presque comme une manière de "faire autrement", pour casser l'impression de déjà-vu. Mais comme peu de pièces ont été enlevées au Musée néolouvaniste, rien ne vous empêche de profiter de l'occasion pour découvrir celui-ci si vous ne le connaissez pas encore. Sinon, bienvenue à Paris où en dix salles thématiques réparties sur deux étages, vous aurez un bel aperçu de l'art d'Hergé, romancier en images, dessinateur, graphiste d'exception.

Du côté des regrets, on pointera la brièveté des boucles d'images qui tournent dans diverses salles. On sent bien que c'est pour privilégier la fluidité du trafic des visiteurs, qui ne restent du coup jamais bloqués longtemps au même endroit. Mais certains documents font à peine quelques secondes et sont sortis de leur contexte. Entre autres, la défense d'Hergé lui-même au sujet de sa collaboration au Soir Volé. Certes, l'exposition ne fait pas l'impasse sur cette question. Mais elle botte en touche de manière un peu étrange...

Le but de cette exposition Hergé au Grand Palais est clairement d'inscrire définitivement son auteur au Panthéon des créateurs du XXe siècle. On ne peut qu'adhérer ! Mais mieux vaut être prévenu : les enfants ne sont guère pris en compte dans cette optique. Bien sûr, des visites leur sont spécialement dédiées. Mais le déplacement en famille risque de tourner court, à moins que vous ne vous transformiez en guide.