Grandes oreilles et bras cassés

Grandes oreilles et bras cassés
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Grandes oreilles et bras cassés - © Futuropolis - Nicoby & Manach - 2015

Si les murs ont des oreilles, vos ordinateurs aussi…

 

Futuropolis poursuit dans la veine BD reportage comme l’éditeur l’avait déjà fait avec "Energies extrêmes". Ici, Manach et Nicoby traitent des écoutes gouvernementales et du flou -savamment entretenu- qui les entoure. Des attentats de Karachi à la vente par la société française Amesys d’un système d’interception des communications électroniques (comprenez les mails) à la Libye de Kadhafi -une transaction couverte par les services secrets français-, les auteurs passent en revue des mois d’enquêtes et de recoupement d’informations avec précision. Aidés par l’inconscience de cadres de certaines des sociétés impliquées, ils dévoilent les dessous des ventes d’armes d’espionnage massif dans un album touffu mais fort documenté dans lequel on croisera politiques, intermédiaires louches, espions et terroristes.

 

A la lecture de l’album, on est sidéré par le cynisme des autorités françaises dans ces affaires. Car si derrière le burlesque de ces employés d’Amesys qui ne prennent pas les mesures minimales pour éviter de divulguer des données sensibles, se cache le drame des centaines de victimes de la répression d’état lors du printemps arabe, la démocratie s’effaçant allègrement derrière la Realpolitik et le commerce.

 

Au niveau de la réalisation, difficile de faire léger lorsqu’on traite un sujet aussi complexe, l’album n’évite pas cet écueil, mais son aspect documentaire et la qualité du travail journalistique réalisé passionneront les amateurs du genre.

Au dessin Nicoby fait son possible pour illustrer un album sans réelle action, on notera l’utilisation des personnages des Pieds Nickelés pour évoquer les scènes où les employés d’Amesys tentent -un peu tard- de faire disparaitre des preuves.

 

En bref : pour amateur d’enquêtes précises et fan de Wikileaks

 

Grandes oreilles et bras cassés par Manach et Nicoby chez Futuropolis

 

Denis MARC