Frnck : 3. Le Sacrifice

Frnck
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Frnck - © Dupuis

Retrouvez Franck, adolescent d’aujourd’hui plongé dans une préhistoire qui le coupe de tous les codes qu’il s’est créés. Et écoutez, dans cette chronique, le scénariste et le dessinateur vous parler de cette série tous publics de toute grande qualité !

" Frnck ", c’est de la science-fiction, mais de la science-fiction "bon enfant", de la SF dans laquelle l’humour le dispute à l’aventure, dans laquelle les personnages prennent le pas sur les péripéties qui leur sont imposées par le hasard.

De la SF qui ne peut que plaire à un public jeune, de la SF qui ne peut qu’amuser aussi un public adulte, tant il est vrai que les auteurs parviennent à nous offrir plusieurs niveaux de lecture.

Dans ce troisième volume, le héros, après avoir réussi à faire accepter par ses hôtes le feu comme un véritable progrès, va devoir prouver qu’il a sa place dans la tribu/famille qui l’a accueilli.

C’est-à-dire que, tout simplement, s’il veut manger, il va devoir apprendre à chasser. Une tâche qui va se révéler, pour cet enfant des villes du vingt-et-unième siècle, impossible à accomplir !

Et, face cet échec d’apprentissage, voilà Franck obligé de perdre de sa superbe, obligé de comprendre que le progrès qu’il a l’envie d’apporter à ces " primitifs " n’est peut-être pas tellement utile que ça. Et que cette société dans laquelle il se voit obligé de vivre a des valeurs que son époque personnelle semble avoir oubliées.

" Frnck ", à sa manière, c’est le portrait de deux mondes qui, obligés de se côtoyer, se doivent aussi de changer leurs habitudes.

Parmi celles-ci, il y a la maladie, et la façon de la combattre. Il y a la mort, aussi, et la manière de rendre hommage à ceux qu’on a aimés et qui quittent l’existence.

Mais tous ces thèmes, souvent graves tout compte fait, n’empêchent nullement Olivier Bocquet, le scénariste, de nous raconter une histoire passionnante, pleine de rebondissements, une vraie bd d’aventures magnifiée par une dose d’humour phénoménal. On sourit, on rit, on est même parfois ému. " Frnck ", c’est une belle réussite narrative, sans aucun doute !

" Frnck ", c’est une belle réussite graphique, également !

Brice Cossu s’y révèle un superbe metteur en scène, un peu comme un directeur d’acteurs qui s’amuse à ce que ses personnages accrochent le mieux possible la lumière, et "bougent" et évoluent au gré des aventures qui leur sont imposées.

Il y Franck, bien entendu, mais il y aussi tous ceux qui l’entourent, à commencer par ce singe qui est la mère du chef de la tribu… Il y a Kenza, il y a Mètre-cube, l’homme de main d’un magicien jaloux de ce qu'il croit être les pouvoirs de Franck…

Il y a des axes de caméra extrêmement variés, qui permettent au lecteur, à chaque page, de plonger dans des mouvements tels qu’à aucun moment l’ennui ne peut naitre. Il y a, en fait, une histoire que le dessin centre, avant tout, sur les personnages, leurs émotions, leurs sourires, avec, de ci de là, un sens de la caricature réjouissant.

Et puis, il y a les décors, qui font que chaque scène, chaque séquence ait une unité et une vérité essentielles, et ce troisième album s’amuse à alterner les séquences différentes, rythmant ainsi à la fois le récit écrit et la narration graphique.

Et enfin, il y a la couleur de Yoann Guillo. Déjà dans le premier volume de cette série, il se révélait plus qu’un simple coloriste. Ici, il devient véritablement le troisième auteur de cette saga, et sans ses couleurs, sans le travail parfois à la limite du symbolisme, voire même de l’abstraction lyrique, sans son talent, " Frnck " ne serait pas vraiment complet !

On aurait pu, après avoir lu le premier volume, album de présentation, en quelque sorte, des personnages et de leurs époques respectives, avoir peur d’un aspect répétitif. Le deuxième volume, axé autour du feu, prouvait déjà le contraire… Et ce troisième épisode, lui, renouvelle encore plus l’histoire, s’attachant à plus de personnages que dans les précédents albums, en abordant, mais toujours avec le sourire, des réalités graves, comme la maladie, le sacrifice, le chagrin, la mort.

Ce qui, j’en suis certain, augure d’une suite qui réussira, encore et encore, à étonner. L’avenir de Franck, mais aussi de tous ceux qui l’entourent, ne pourra, c’est une certitude, que se nourrir de bien des surprises !

" Frnck ", c’est une série, je le disais, pour tout le monde ! De l’excellente bd-jeunesse, dessinée et racontée avec un plaisir communicatif, qui plaira aussi à un public adulte! La science-fiction permet, certes, à l’imagination de prendre le pouvoir, mais force est de reconnaître que, bien souvent, ce pouvoir s’étiole et manque d’ambition. Ici, que du contraire ! L’imagination de Cossu et de Bocquet est sans limite, mais, prenant ses origines dans la réalité qui est nôtre, celle des smartphones, des couteaux suisses, des médicaments et des pizzas, cette imagination reste de bout en bout proche de tout un chacun ! La préhistoire dans laquelle ils plongent leur héros devient nôtre, et, croyez-moi, les éclats de rire sont au rendez-vous !

 

Jacques Schraûwen

Frnck : 3. Le Sacrifice (dessin : Brice Cossu – scénario : Olivier Bocquet – couleurs : Yoann Guillo – éditeur : Dupuis)