Une interview de Frank Pé : un artiste du neuvième art qui s'expose à Bruxelles jusqu'en février!

Les lumières de Bornéo
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Les lumières de Bornéo - © Frank Pé

Spirou, personnage emblématique de la bande dessinée, a appartenu, le temps d’un album, à Frank Pé. Ce sont les planches originales de ce superbe livre que je vous invite à découvrir à la galerie Champaka, à Bruxelles, jusqu’au 4 février prochain.

Comment pourrait-on définir, en quelques mots, Frank Pé, dont la carrière, depuis des années, n’a jamais dévié d’un chemin de qualité, tant au niveau du graphisme que des scénarios qu’il a décidé d’assumer.

Amoureux de la nature et de l’être humain dans ce qu’il peut avoir de plus poétique, dans ce qu’il peut aussi avoir de plus attendrissant lors des rencontres que la vie lui permet, amoureux de l’animal jusqu’à, de son dessin à la fois imaginaire et réaliste, magnifier des singes, des ours, des girafes, avec un sens du mouvement et du regard extraordinaire, Frank Pé, en fait, est un auteur assez inclassable.

Certes, on ne peut que souligner une constante dans son œuvre, un intérêt évident pour ce qu’on appelle l’écologie. Mais une écologie qui n’a rien de politique, qui, même si elle naît de la  science, se fait, au bout de ses crayons, de ses pinceaux, de ses plumes, une envolée lyrique à  la gloire des possibles humains lorsqu’il s’accepte appartenant à une espèce qui reste et restera toujours animale.

Je parlais de poésie… Et c’est sans doute le mot qui peut le mieux expliquer qui est Frank Pé, ce que sont ses récits, des rêves racontés, des utopies rendues possibles, du fantastique à couleur de quotidien!

Rêveur sans doute, homme de partage aussi, Frank Pé est, à sa manière, un artiste humaniste, sans aucun doute.

Mais c’est aussi et surtout un fantastique dessinateur, un extraordinaire peintre animalier, un somptueux maître de la  lumière et du mouvement.

Et il en fait pleinement la preuve dans l’album qui sert de fil conducteur à cette exposition, " Les Lumières de Bornéo ", un album des aventures de Spirou qui nous montre ce héros mythique plus adulte, plus réfléchi, mais toujours aussi passionné par la justice, au sens le plus large du terme. A partir du scénario du toujours étonnant Zidrou, scénariste talentueux et éclectique, Pé a construit une histoire qui fait sourire, une histoire dans laquelle les décors, parfois épurés, parfois très présents, créent une véritable ambiance, une véritable complicité aussi avec le lecteur qui est invité à reconnaître des lieux, à Bruxelles, ailleurs… Des lieux, comme le cirque, qui sont aussi des microcosmes de rêves universels.

Frank Pé est un personnage aussi attachant, au quotidien d’une rencontre, que ses personnages, Spirou aujourd’hui, Broussaille auparavant (dont l’intégrale  mérite assurément d’être redécouverte !...).

Et se promener dans la galerie Champaka, c’est voyager tranquillement dans son univers artistique de rêveur acharné. C’est découvrir, bien sûr, les mises en couleurs, les grandes planches qui révèlent sa maîtrise du noir et blanc, mais c’est aussi se pencher sur des dessins préparatoires qui, sans être totalement aboutis parfois, dévoilent tout le travail artistique et intellectuel, sensuel même, qui peut mener Frank Pé d’un croquis à une planche dont la construction ne souffre pratiquement aucune faiblesse !

Si vos pas vous conduisent du côté du Sablon, à Bruxelles, allez visiter cette exposition, vous ne le regretterez certainement pas !...

 

Jacques Schraûwen

Frank Pé s’expose à la galerie Champaka, 27 rue Ernest Allard, 1000 Bruxelles, jusqu’au 4 février 2018