Esméra : des zizis, des foufounes et des boobs aussi (parfois)

Esméra
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Esméra - © Glénat - 2015

Un public averti en vaut deux…

 

Fin des années 60, la jeune Esmera étudie dans une école pour filles d'Italie. Sa compagne de chambre, la très délurée Rachele, laisse entrer un soir son fiancé dans la chambre et tous deux se livrent à un simulacre de reproduction sous les yeux d'Esmera. Dès lors, celle-ci n'a plus qu'une envie : perdre son pucelage. Après une expérience fugace et peu satisfaisante, elle finit par découvrir l'orgasme. Mais là, surprise, elle change de sexe et se voit dès lors pourvue d'un attribut de belle dimension mais un peu gênant quand on est censée être une fille. Plus curieux encore, alors qu'elle vient de tester son nouveau matériel, elle se retransforme en fille. Dès lors, la/le voilà obligé/e de se composer avec une vie sexuelle un peu compliquée…

 

Le cul pour le cul on connait, entre les fumetti italien des années 70 et les hentaï japonais, le marché regorge de productions dont le seul intérêt réside dans les rêves érotiques d'ados boutonneux qu'elles suscitent. Trouver des œuvres dans lesquelles le sexe est à la fois présent et réellement utile à l'histoire est déjà plus ardu. On notera désormais qu'à côté de Manara et de son Déclic ou de Crépax et de son Histoire d'O, il y a Zep et son Esméra. Au-delà de la fantaisie de la transformation de l'héroïne en héros (et inversement), il raconte une vraie bonne histoire d'exploration des relations amoureuses vues donc des deux côtés du miroir. En plus de la drôlerie des situations dans lesquelles se retrouve la jolie Esmera, ces changements de sexe permanents renvoient à une acceptation plus large des pratiques sexuelles en général et de l'homosexualité en particulier. Le propos est finalement aussi drôle que profond (si l'on ose dire).

 

Le dessin est assuré par Vince dans un style semi-réaliste et –très- explicite. On ne manque donc aucun détail de la vie turbulente d'Esmera sans pour autant sombrer dans le graveleux. Explicite mais pas vulgaire, une performance !

 

En bref : pour public averti, du grand Zep…

 

Esmera par Vince et Zep chez Glénat

 

Denis MARC