Edmond : du théâtre à la bande dessinée... et au cinéma!

Edmond
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Edmond - © Rue de Sèvres

Une pièce, d'abord. Qui est l'objet d'une seconde pièce. Et puis d'une bande dessinée, particulièrement réussie. Et, finalement, d'un film! Un beau parcours graphique et littéraire!

Qui ne connaît pas Cyrano de Bergerac ? Personnage emblématique du théâtre français, ce héros bretteur et poète en même temps appartient au patrimoine culturel, c’est une évidence.

Pourtant, Edmond Rostand, son auteur, a mis pas mal de temps pour percer, comme on dit, en une époque où les pièces en vers n’étaient pas, ou plus, particulièrement appréciées.

Cet album de BD prend le parti de nous raconter la genèse de cette pièce de théâtre, mais de le faire avec humour, avec une espèce de folie virevoltante que Feydeau ou Courteline n’auraient pas dénigrée !

En fait, ce " Edmond " est une parfaite mise en abyme d’un des textes les plus connus de la littérature française ! Au départ, il y a, comme je le disais, la pièce de théâtre de Rostand, tant de fois jouée, au cinéma également, par Gérard Depardieu ou Jacques Weber. Ensuite, il y a une autre pièce de théâtre, contemporaine, elle, et due à la plume et l’imagination d’Alexis Michalik. Une pièce de théâtre qui aurait dû être un scénario de film (et qui l'est aujourd'hui, après son succès sur les planches) et qui, aujourd’hui, sert de base à un album de bande dessinée construit par Léonard Chamineau.

Un album qui réussit le pari d’être une œuvre parfaitement originale tout en restant fidèle, totalement, à l’esprit d’Edmond, à son écriture, aussi, à la puissance qu’il insufflait aux mots, à la poésie qu’il  parvenait à rendre tangible malgré la forme très codifiée d’une pièce écrite en rimes.

Je parlais d’une mise en abyme.

Ce livre est aussi une modification totale de l’œuvre originelle, un drame poétique, en quelque sorte, devenu, par la magie des auteurs de cette bd, une sorte de vaudeville dans lequel les personnages arrivent, partent, reviennent, dans laquelle les quiproquos se multiplient, quiproquos amoureux, quiproquos de situation, aussi..

Edmond Rostand, en écrivant la pièce qui allait le rendre célèbre à tout jamais, se voit  obligé, à son tour, d’aider un ami à séduire une femme. Une femme dont sa propre épouse va être jalouse. Quand je vous disais qu’il y a des portes qui claquent, des mauvaises fois évidentes, mais toujours traitées avec un vrai respect de la trame historique. On parle de Sarah Bernhardt, on parle du Paris d’une époque qu’on allait bientôt appeler "belle", on y rencontre Coquelin, grand cabot applaudi par tout le monde et qui a créé Cyrano..

Et puis, au-delà de l’aspect vaudevillesque, il y a aussi un petit côté "tragédien", par la présence de quelques personnages qui ressemblent, par leurs commentaires, à un chœur antique. C’est ainsi qu’un personnage secondaire, Honoré, à la peau d’ébène, occupe dans ce livre une place importante et, ma foi, formidablement humaniste.

Cela dit, même si ce "Edmond" nous pousse à retrouver tout le canevas d’une pièce réjouissante à tous les niveaux, ce Cyrano épique et humain, tragique et romantique, même si, comme je le disais, Rostand, héros de cet album, est totalement respecté, force est de reconnaître que le principe premier de ce livre est l’humour. Humour de situation, comme dans les films muets du début du vingtième siècle. Humour de langage, celui de Rostand, restitué au dessin, de page en page.

Humour, aussi et surtout, du graphisme, du dessinateur qui, choisissant la voie du non-réalisme, s’amuse à s’amuser, à nous amuser, en osant la caricature, parfois, souvent, en usant d’un découpage traditionnel qui, peu à peu, explose et distord les attitudes comme les cases, les perspectives comme les gros plans. Le tout avec une couleur qui joue avec les lumières et les expressions pour nous rendre proches tous les protagonistes de cette histoire qui, finalement, nous parle à tous de nous-mêmes, de nos angoisses en face du mystère de l’amour.

Le personnage de Cyrano de Bergerac est pour moi un des héros de théâtre les plus intéressants, aussi intéressant qu’Alceste ou que Monsieur Jourdain.

Et réussir, ainsi que le font les auteurs de ce "Edmond", à nous en faire sourire sans pour autant dénaturer en quoi que ce soit sa force et sa vérité, ce n’était pas chose évidente. C’était un pari, oui, un pari réussi !

 

Jacques Schraûwen

Edmond (auteur : Léonard Chemineau, d’après la pièce d’Alexis Michalik – éditeur : Rue de Sèvres)