Dantès : la fin d'une série passionnante

Injustice, vengeance, mort, amour, haute finance, aventure : des ingrédients connus qui, malgré tout, nous offrent dix volumes heureusement très éloignés d’un manichéisme cher à des scénaristes comme Van Hamme !

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Dantès © Dargaud

Même si " l’accroche " de cette série parle du "meilleur thriller financier", disons-le tout de suite, Dantès, c’est bien autre chose qu’une histoire de pouvoir et d’argent ! C’est une série qui met en scène des personnages réellement à taille humaine, qui ne cherche pas non plus à tirer les choses en longueur pour des raisons qui ne seraient que mercantiles : je vous le disais, on est très loin d‘un scénario à la Van Hamme, fort heureusement !

L’histoire de cette série est assez simple, assez linéaire : un trader se fait piéger par des financiers et des politiciens sans scrupules, et se retrouve en prison. Il y rencontre un vieil homme ayant créé un logiciel capable de prouesses financières extraordinaires. Et c’est grâce à lui qu’il s’évade, qu’il peut changer de nom et d’apparence et revenir, enrichi grâce à ce logiciel, dans le monde qui l’a condamné et trahi.

Dumas, bien entendu, n’est pas loin. Edmond Dantès devient ici Christopher Dantès, et il se révèle tout aussi impitoyable que son modèle littéraire. Son seul but, c’est la vengeance, un but qui efface en lui toute émotion, toute possibilité de rédemption, mais un but qui, il le découvre peu à peu, le détruit et ne fait plus de lui qu’un fantoche presque semblable à celui qu’il était avant d’avoir été piégé.

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Dantès © Dargaud

Construite en trois époques, cette série nous montre des personnages entiers, oui.

Il y a souvent, dans ce genre de " saga " un manichéisme voyant qui privilégie l’action au détriment d’un certain sens de la psychologie des protagonistes.

Cette série-ci n’évite pas ce besoin de " caricature ". Mais elle le fait avec intelligence, en ne forçant le trait, finalement, que pour les méchants. Ce sont des vrais méchants, des êtres veules, lâches, mais qui ont, eux aussi, une vraie présence. Les " bons ", par contre, avouent leurs failles, leurs dérives, leurs interrogations, leurs sentiments, leurs envies de fuir. Et deviennent, tous, essentiels de page en page, d'album en album.

Tout thriller se résume, en fait, par un combat entre le bien et le mal. Ici, le bien ne peut être vainqueur qu’à deux conditions : connaître ses propres erreurs, ses propres errances, et accepter de tout arrêter avant la destruction finale.

Le scénario de Boisserie, aidé pour tout l’aspect financier par le journaliste Guillaume, est extrêmement bien  construit, et réussit à créer de vraies aventures un peu partout sur notre planète. Le dessin de Juszezak est d’un réalisme classique, sans tape-à-l’œil, parfaitement bien documenté, c’est un graphisme qui se met au service du récit, de la narration.

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Dantès © Dargaud

Dans ce genre de série, l’édition aime souvent surfer sur le succès le plus longtemps possible.

Et ici, avec Dantès, avec le dixième volume qui s’intitule fort à propos " Dernier acte ", le mot fin s’écrit, définitivement.

Dantès redevient celui qu’il était. Il s’accepte à nouveau comme pouvant aimer et être aimé, comme pouvant et devant vivre en ne rêvant que de construction, et plus de destruction.

Et c’est dans ce dixième et ultime volume que le dessinateur Juszezak libère le plus son dessin, tant au niveau des expressions que des décors, des mouvements que des sentiments. Un peu comme s’il se libérait, en même temps que son héros, d’un poids envoûtant, pour se lancer, lui aussi, dans une existence nouvelle !

Ponctuation d’une belle aventure éditoriale, ce dixième opus clôture en beauté une histoire résolument humaine. Et si vous n’avez pas lu les précédents volumes, achetez-les… Lire toute la série, comme je l’ai fait, d’une traite, c’est en découvrir pleinement toutes les qualités, tant en ce qui concerne le scénario que la narration graphique.

 

Jacques Schraûwen

Dantès : une série complète en dix volumes (dessin : Erik Juszezak – scénario : Pierre Boisserie et Philippe Guillaume – éditeur : Dargaud)