Corto Maltese toujours sur la route

"Corto Maltese: Equatoria" de Juan Díaz Canales et Rubén Pellejero
"Corto Maltese: Equatoria" de Juan Díaz Canales et Rubén Pellejero - © Courtesy of Casterman

Corto Maltese, le gentilhomme de fortune le plus romantique de la BD, est de retour mercredi dans les pays francophones avec un album à la fois poétique et plein d'action qui entraîne le lecteur de Venise au cœur de l'Afrique équatoriale en passant par Alexandrie.

"Equatoria" (Casterman) est le 14e album des aventures du marin créé par Hugo Pratt (1927-1995) il y a 50 ans et le deuxième signé par le duo espagnol, Juan Diaz Canales (scénario) et Ruben Pellejero (dessin).

Davantage encore que dans "Sous le soleil de minuit" (le précédent album des deux Espagnols), on retrouve dans ce nouvel opus tout l'esprit des "Corto" d'Hugo Pratt. 

À cet égard, les premières pages surréalistes de l'album sont sidérantes. Une girafe en liberté court sur la place Saint-Marc à Venise, poursuivie par des carabiniers armés. Nous sommes en 1911, l'Europe court elle aussi vers le précipice mais ne le sait pas encore.

La première case est totalement noire, la deuxième, noire et orange, ressemble à la vue aérienne d'un delta, la troisième nous fait enfin découvrir le cou d'une girafe.

On ne voit pas encore Corto mais on entend sa voix raconter l'histoire d'une girafe "couverte de bijoux" appartenant à Lord Byron. Avec Corto, fils d'une gitane andalouse et d'un marin de la Royal Navy, le fantastique imprègne toujours le réel.

Tel Ulysse rêvant vainement d'un retour à Ithaque, Corto s'embarque pour Malte, son île toujours inaccessible. Cette fois, c'est une épidémie de choléra qui l'empêchera de débarquer. Qu'importe. Corto a le pouvoir de communiquer avec son île natale qui, dans la brume, prend le visage d'une femme.

Sa mission cette fois ? Retrouver le miroir magique du prêtre Jean, mystérieux objet rapporté des croisades. Dans sa quête, Corto croisera sur sa route Henry de Monfreid, aventurier et trafiquant, qui l'accueille sur son boutre.

Mais ce sont évidemment les femmes les vraies héroïnes. Au fil de ses pérégrinations, le marin au charme inouï va rencontrer Aïda, la journaliste émancipée, Ferida, Allemande à la peau noire qui recherche son père, Afra, ancienne esclave de retour chez elle, sans oublier une religieuse délurée.

Corto, dont le sens de la justice n'est jamais pris en défaut, devra se coltiner avec la cruauté de colons racistes, l'ignominie de marchands d'esclaves... "L'aventure méritait d'être vécue", dit le marin au moment des adieux.

Le précédent album avait conquis plus de 200.000 lecteurs. Casterman a prévu un tirage de 250.000 pour "Equatoria".

 

En 2015, Corto Maltes faisait son retour dans "Sous le soleil de minuit" :