Chlorophylle et Le Monstre Des Trois Sources

Chlorophylle et le monstre des trois sources
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Chlorophylle et le monstre des trois sources - © Le Lombard

L’immense Hausman au dessin, le talentueux Cornette au scénario : un duo gagnant pour ce livre somptueux, à ne rater sous aucun prétexte ! Un duo qui, ici, parle de son superbe album…

Ce livre, pour moi, est un double coup de cœur…

Un : quand j’étais enfant, j’ai dévoré le premier Chlorophylle, contre les rats noirs, des dizaines de fois. C’était une fabuleuse fable animalière sur le nazisme, écrite au tout début des années 50.

Deux : quand j’étais môme aussi, j’adorais une bd qui paraissait essentiellement en " strips ", si ma mémoire est bonne, et qui s’appelait Saki et Zunie.

Chlorophylle était dessiné par Macherot, un peu dans la lignée de la ligne claire.

Saki et Zunie étaient dessinés par René Hausman, dans un style proche, lui, de l’école de Charleroi.

Et voilà qu’aujourd’hui, Chlorophylle reprend vie sous les pinceaux de Hausman !

Et cette reprise est une totale réussite !

Le scénariste, Jean-Luc Cornette, nous offre un scénario qui réussit à rendre hommage, sans jamais faire de l’imitation, à Macherot, et le dessin de Hausman, toujours aussi extraordinaire, réussit à créer un nouvel univers autour de personnages pour lesquels il a toujours eu une véritable affection.

Parlons-en, du scénario. Chlorophylle, le lérot, et Minimum, son ami souris, coulent des jours tranquilles dans leur petite forêt. Et voilà qu’arrive Particule, une souris de la ville, qui s’installe et fuit la pollution des grandes cités ! Minimum en tombe amoureux… Surtout lorsqu’il la voit nager dans le lac, jolie, libre et souriante!... 

Mais il y a aussi un monstre, quelque part, celui des trois sources, que personne n’a jamais vu, mais auquel tout le monde croit ! Et la belle Particule disparaît ! Obligeant Chlorophylle à se lancer dans une enquête pas piquée des vers ! Il en résulte un récit qui se vit dans une continuité par rapport aux thèmes qui étaient chers à Macherot, mais qui s’en écarte, malgré tout, par la narration et ses rythmes résolument modernes.

L’histoire qui nous est racontée est " tous publics ", certes, comme l’étaient les aventures narrées par Macherot. Mais elle se révèle aussi ancrée dans la réalité d’aujourd’hui, puisqu’elle nous parle de différence, de tolérance, d’acceptation, de solidarité, voire même de féminisme.

Et graphiquement, si la fidélité à l’esprit originel de cette série est omniprésent, la fidélité technique, elle, n’existe pas, et c’est tant mieux ! Aucune volonté de faire " comme " !

Avec Macherot, on se trouvait dans une bd animalière classique, comme l’était, d’une certaine manière, Mickey : des animaux, habillés comme des humains, vivant dans un environnement qui recopie à taille animale celui de l’homme.

Avec Hausman, pas de vêtements, sauf pour Particule, de manière à la rendre un peu plus sexy encore. Ce sont les animaux, tels qu’ils sont dans la réalité, qui sont dessinés tout au long de cet album.

Hausman, en quelque sorte, rend hommage à Macherot, mais en ne cherchant à aucun moment à l’imiter, à le remettre en mémoire. Il fait du Hausman, et c’est ce qui fait de cet album une totale réussite ! Et pour ce faire, il a eu entre les mains un scénario taillé sur mesure, mêlant nature et fantastique.

On pourrait croire, de ma part, à de la nostalgie… Mais il n’en est rien, croyez-moi, et ce nouveau Chlorophylle est vraiment un "album " neuf " !

Hausman est une des vraies gloires du neuvième art, lui qui a connu son évolution de l’intérieur, au fil des décennies. Et il reste, indéfectiblement, d’une qualité graphique qu’on ne trouve pas toujours dans les productions pléthoriques de nos jours !

 

Jacques Schraûwen

Chlorophylle et Le Monstre Des Trois Sources (dessin : René Hausman – scénario : Jean-Luc Cornette – éditeur : Le Lombard)