Cher pays de notre enfance

Cher Pays de notre enfance
2 images
Cher Pays de notre enfance - © Futuropolis - 2015

Les années de plomb de la Vème République dans une enquête passionnante.

 

On vous parle d'un temps que les moins de 40 ans ne peuvent pas connaître, en France en temps-là, on assassine des magistrats, on finance les partis à coup de hold-up et on suicide un ministre en exercice. Derrière tout ça, l'ombre du SAC le Service d'Action Civique. Fondé dans la foulée de la guerre d'Algérie, le SAC, au départ un mouvement de soutien Gaulliste, est rapidement noyauté par une faune de malfrats chargés des basses besognes. Au plus fort de son ascension, le SAC est un véritable état dans l'état, présent à tous les niveaux de pouvoir, de la police au gouvernement en passant par la magistrature. Facile dès lors d'orienter les enquêtes, de briser les carrières de ceux qui s'opposerait à lui voire d'éliminer les témoins gênants. Ça vous parait tiré par les cheveux ? C'est pourtant la réalité historique, une réalité racontée par Benoît Collombat et Etienne Davodeau dans une BD enquête aussi palpitante que glaçante.

 

Futuro poursuit dans sa veine BD-reportage. Le genre peut donner le meilleur comme le pire quand la volonté est de se vouloir encyclopédique. Ici tout au contraire, les auteurs ont privilégié le récit documenté où témoignages de première main alternent avec des mises en situation des faits. Les intervenants sont les témoins des événements, les victimes directes ou indirectes, voire, peut-être, les exécutants. Car les auteurs se gardent bien d'énoncer des conclusions définitives d'autant que, 40 années après les faits, certains ont encore peur. N'oublions pas que Charles Pasqua, ancien ministre de l'Intérieur et membre éminent du SAC n'est décédé qu'il y a quelques semaines emportant –comme le disent les auteurs- ses secrets avec lui. A l'arrivée, on obtient un récit glaçant par la mise en lumière de la collusion qui existait à l'époque entre le pouvoir et une certaine extrême-droite matinée de malfrats.

 

Etienne Davodeau assure le dessin de ce reportage ou il se met en scène comme dans "Les Ignorants". Rien à reprocher à son dessin à la fois sobre et expressif ou l'on reconnait sans peine les personnages les plus en vue.

 

Benoît Collombat poursuit dans cet album son enquête commencée dans son livre "Un homme à abattre", une contre-enquête sur le "suicide" du ministre Robert Boulin.

 

En bref : un album indispensable et passionnant.

 

Cher pays de notre enfance par Davodeau et Collombat chez Futuropolis

 

Denis MARC

Extrait Cher pays de notre enfacce