Caroline Roque (Beka) : des " Rugbymen " au " Jour où le bus est parti sans elle "

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rugbymen - © Bamboo

Caroline Roque et son mari sont aux commandes, depuis plusieurs années, de séries emblématiques des éditions Bamboo : des gags en une planche vécus dans des univers professionnels précis. De l’humour bon enfant, ouvert à tout le monde !

Sous le pseudonyme Beka, ils sont deux à être les maîtres d’œuvre de séries qui ne se prennent jamais au sérieux et qui cultivent le sens du gag au travers d’une bd au dessin toujours facile d’accès.

Tout le monde a déjà posé les regards, chez un libraire spécialisé ou dans une grande surface, sur les livres nés de leurs imaginations mêlées.

Il y a " Les Fonctionnaires ", " Studio Danse ", " Les Foot-maniacs ", et bien entendu " Les Rugbymen ". Toutes ces séries à succès sont construites selon le même principe : immerger le lecteur dans un monde qu’il connait de loin, et réussir, à partir de cette immersion, à créer des situations qui font sourire, qui font rire, comme font rire, à la fin d’un bon repas, les blagues que tout un chacun raconte à la tablée.

Avec ces séries, on se trouve en face d’une tradition incontestablement française, celle du plaisir de vivre ensemble et de partager quelques bons moments, quelques vannes, de quoi passer le temps avec décontraction. Cette tradition est celle que l’on voit dans de nombreuses émissions de télé, celles de Sébastien par exemple.

Il est de bon ton, souvent, de dénigrer Bamboo pour ces séries-là, c’est vrai, pour la facilité qu’elles semblent représenter, tant au niveau du scénario que du dessin.

Mais même si ces albums ne font pas partie, loin s’en faut, de mes lectures préférées, j’ai à leur égard un vrai respect. L’imagination débordante de leurs auteurs est à souligner, en effet, tout comme le plaisir, simple, qu’ils ont à ne pas se prendre au sérieux et, le plus simplement du monde, à partager leurs sourires avec toutes celles et tous ceux qui ne cherchent qu’à s’échapper du quotidien, le temps d’une lecture.

Je l’ai déjà dit souvent : la bande dessinée ne peut se concevoir que dans la multiplicité, que dans l’éclectisme. Que dans la volonté, aussi, de pouvoir s’ouvrir à tout le monde, même à ceux et celles qui, habituellement, n’ouvrent plus jamais un album de petits mickeys depuis leur enfance.

Et Caroline Roque son époux appartiennent, d’évidence, à ce monde-là, celui des auteurs qui, tout compte fait, se veulent près de leur public, et s’y trouvent, en effet, grâce à leur humour, leur gentillesse, leur simplicité.

Cela dit, même dans ces séries que d’aucuns peuvent traiter d’alimentaires, de " tout venant ", il y a quelques vraies pépites au niveau de l’imagination des auteurs, du ramassé des petites intrigues, des ellipses nées d’un découpage souvent tout en finesse. Et si je peux regretter, personnellement, que les gags, finalement, se ressemblent souvent, je ne peux que m’incliner devant leur efficacité. On peut aimer " Les Rugbymen " , mais aussi " Le Retour "! 

Ou s’amuser devant des sportifs encore plus " simplets " que dans la réalité et aimer le livre que ces deux auteurs ont scénarisé il y a quelques mois : " Le jour où le bus est parti sans elle ".

Dans cet album-là, le lecteur est invité à suivre les pas d’une femme, citadine dans l’âme, se cherchant de nouveaux sens à l’existence, et les trouvant au hasard d’une erreur de parcours. Il y a dans ce livre bien des sourires, tant il est vrai que le quotidien, même sombre, n’a besoin que d’un peu d’écoute et d’humanisme pour se révéler vivable d’abord, enrichissant ensuite. Il y a aussi, dans ce livre, un portrait humain particulièrement réussi, tout en délicatesse, autour d’un thème, à la mode certes, le bien-être, mais traité avec finesse et ouverture d’esprit.

Rencontrer Caroline Roque me fut un plaisir. Cette femme aux yeux rieurs parle de son métier avec une belle passion, et l’amour qu’elle a de ce métier et de ses lecteurs est évident.

J’avoue une préférence personnelle marquée pour " Le jour où le bus est parti sans elle ". Mais j’avoue aussi n’avoir aucun préjugé quant aux séries plus " simples ", plus " accessibles ", qu’elle scénarise et qui attirent dans l’univers multiforme du neuvième art un nombreux public qui, lui aussi, lui surtout, mérite le respect !

 

Jacques Schraûwen

Caroline Roque et Bertrand Escaich publient chez Bamboo, sous le pseudonyme de Beka