C'est pas du polar… mais ça craint quand même ! Simenon comme anti-héros de BD

C'est pas du polar… mais ça craint quand même ! Simenon comme anti-héros de BD
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C'est pas du polar… mais ça craint quand même ! Simenon comme anti-héros de BD - © Gallimard

L’ombre de Simenon et celle de Jean Gabin planent sur ce petit livre iconoclaste, et bien plus sérieux que ce qu’il paraît être, finalement !...

Jean-Paul, loin de la ville et de ses aventures plus ou moins légales, vit à la campagne, et s’occupe de ses mirabelles et, surtout, du nectar alcoolisé qu’il peut en faire !

Et voilà que débarque dans son petit paradis campagnard un type à l’allure assurée, un journaliste qui s’avère être le mari de son ex. Et ce journaleux, Philippe, lui dit tout de go que Jacotte, cette femme qui leur est commune, est en pleine dépression et qu’il n’y a que lui, Jean-Paul, qui peut l’en sortir.

Et juste avant de partir, il lui propose de lire quelques polars, d’un certain Gaston Sidérac.

Dès lors, l’aventure peut commencer !

Gaston Sidérac, c’est le double de Georges Simenon. Un écrivain dont le personnage central, le commissaire Grosjules, est le héros, outre de ses romans, d’une série télé à succès.

Et Gaston Sidérac a décidé d’arrêter d’écrire !

Ce qui fait que l’acteur principal de cette série télé va se retrouver sans emploi. Ce qui fait aussi que la fameuse Jacotte, fan absolue de ces polars d’ambiance, perd un des repères essentiels de sa petite existence.

Jean-Paul va donc se retrouver embarqué dans une espèce de complot destiné à obliger l’écrivain à reprendre son métier !

Il y a de la dentelle fine, des sous-vêtements affriolants, une soubrette, un flingue, des caméras et des micros, un acteur sur le retour et un écrivain qui aime énormément les petites femmes de Paris (et d’ailleurs…)!

C’est un album iconoclaste, oui, mais qui, étrangement, parvient à rester fidèle à son modèle, le Simenon des " Maigret " mais aussi le Simenon grand amant devant l’Eternel !

Ce n’est pas du polar, ce serait plutôt du théâtre de boulevard, avec un possible cadavre, une épouse trompée, de l’amour sous-jacent, des faux-semblants et des faux-fuyants.

C’est, disons-le tout de suite, un livre amusant, qui fait sourire. Qui, sans avoir l’air d’y toucher, nous parle de ce qu’est l’acte d’écrire, donc d’inventer, donc de créer en tant qu’artiste. Qui réussit aussi à nous montrer que la culture ne se limite pas à une œuvre, mais à tout ce que cette œuvre ouvre comme horizons. Une simple histoire de Sidérac fait vivre des acteurs, des metteurs en scène, et fait rêver des millions de personnes, au travers des mots ou des images. La culture, oui, au sens le plus large du terme, et un des moteurs essentiels, en fait, de l’économie d’un pays !

C’est un livre amusant, au dessin qui s’occupe peu des décors, au graphisme vif, rapide, s’attardant sur les attitudes et les expressions. On se croirait presque dans un vieux livre pour enfants des années 50, ou même d’avant. Mais un livre, surtout, qui détourne les idées et les codes pour construire une histoire qui, malgré tout, malgré ses invraisemblances, tient la route de bout en bout.

Vous avez envie de passer un bon moment, tranquille, avec des personnages quelque peu caricaturaux mais attachants ? Vous avez envie de sourire devant des gags éculés qui, pourtant, atteignent leur but ? Ce livre est donc pour vous ! Et il vous donnera l’envie, sans doute (au sens premier de cette expression…) de lire ou de relire ensuite quelques excellents romans du formidable Simenon !

 

Jacques Schraûwen

C’est pas du polar… mais ça craint quand même ! (auteur : Bruno Heitz – éditeur : Gallimard/Bayou)