Big Bang Saïgon

Big Bang Saïgon
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Big Bang Saïgon - © La Boîte à Bulles

Un livre intime et sensuel qui nous parle d’amour, de désir, de passion, d’étreintes, de réalité, de virtualité… Un album qui parle, simplement, de la vie !

Après des études artistiques qui ne débouchent sur rien de concret, Maxime décide de couper les ponts avec sa vie tranquille de Français moyen. il choisit, comme alibi à son départ d’adolescent sans véritable avenir, l’envie de trouver un oncle laissé au Vietnam par son grand-père, militaire en des temps lointains.

A partir de cette histoire, incontestablement teintée d’autobiographie, les auteurs nous emmènent à leur suite dans un Vietnam d’aujourd’hui, un Vietnam qui ne ressemble absolument pas aux images qu’un Européen peut en avoir. La quête de Maxime ne lui est pas une fausse raison, puisqu’il recherche vraiment cet oncle inconnu. Mais, ce faisant, il rencontre d’autres personnes… Un Européen plus que déluré qui le prend sous son aile. Et, surtout, la petite et mignonne Akiko, une enseignante japonaise, tout fine, toute jolie, âgée de 26 printemps resplendissants.

Entre eux, c’est le coup de foudre, ce fameux big bang qui est à l’origine, paraît-il, de toute création d’univers. Et l’univers qu’ils se créent est certes celui du besoin de chacun d’entre eux de comprendre et de découvrir la culture de l’autre, mais c’est surtout celui de l’amour, avec un A majuscule, cet amour qui bouscule tout sur son passage, cet amour qui fait de chaque rencontre de regards un feu d’artifice, cet amour qui dépasse les règles du tabou et de la bienséance, cet amour qui ne peut qu’être charnel.

Mais voilà, la vie n’a rien de parfait, et toute étreinte, un jour ou l’autre, ne devient plus qu’un souvenir. Maxime, faute d’argent, doit rentrer chez lui, abandonner la torride Akiko.

Et c’est alors que commence la deuxième  partie de ce livre, celle qui ne renie rien de cet amour-passion, mais qui en oublie la réalité pour en découvrir toutes les virtualités. Entre Saïgon et la France, les deux amants usent et abusent d’internet pour ne rien briser de leur union, une union qui en devient obsessive, pour Maxime comme pour sa lointaine amante.

Ce qui est remarquable, dans ce livre, au sens premier du terme, c’est le manque de pudeur assumé par les auteurs, tant dans le texte que dans le dessin. Une impudeur, oui, qui cependant n’enlève rien à la beauté pratiquement poétique de l’histoire d’amour qu’ils nous racontent, qu’ils nous montrent, avec tous les gestes et tous les mots de l’intime quotidien.

Il y a eu la réalité et ses chairs mêlées aux lits du plaisir à partager, il y a eu la virtualité et ses souvenances se muant en fantasmes presque tangibles, il y a enfin la troisième et dernière partie de ce livre, le retour de Maxime au Vietnam, ses questions, ses doutes, ses lâchetés, ses initiations à un univers résolument adulte, un univers où le rêve laisse la place à la trahison amoureuse et à la trivialité. Ce qui était poétique n’est plus qu’assouvissement d’un besoin, et c’est alors de séparation qu’il s’agit, dans le définitif d’une Histoire qu’on a voulue éternelle et qui ne se veut, finalement, qu’éphémère dans la construction d’une existence.

Et c’est là que ce livre dépasse l’anecdote autobiographique et devient la description, tantôt très crue, tantôt très diaphane, du passage d’un adolescent sûr de lui à un adulte sans plus aucune certitude. C’est là que le récit devient, à sa manière, le miroir que tendent les auteurs vers toutes leurs lectrices, tous leurs lecteurs, un miroir dans lequel les reflets aperçus ne sont pas toujours ceux qu’on aurait pu croire ou attendre, ceux dont on se souvient au travers d’une mémoire toujours sélective.

Du côté du texte, c’est le dialogue qui prime, de façon très naturelle.

Du côté du dessin, je dirais qu’il y a dans cet album deux styles qui cohabitent et se complètent parfaitement. Il y a les descriptions des paysages, des gens, de ce Vietnam que Maxime découvre en le dessinant, en peaufinant les décors qu’il voit et restitue à  la page blanche de ses démarches artistiques. Et puis, il y a un deuxième style, plus épuré, plus axé sur les corps et les chairs, lorsqu’il s’agit pour Maxime de rendre compte de la passion et de l’amour, celui des corps et des âmes obligatoirement mêlés.

Big bang Saïgon est un vrai livre d’auteur(s). Un livre envoûtant, un livre sans tabou mais sans provocation ridicule. Un roman graphique dont l’ambition est toute simple : parler de l’humain et de ce qui le construit d’abord et avant tout, le désir !

 

Jacques Schraûwen

Big Bang Saïgon (dessin : Maxime Péroz – scénario : Hugues Barthe – diteur : La Boîte à Bulles – décembre 2016)