De la Crimée à Istanbul, Mathias Depardon livre sa vision de la Turquie moderne au musée des Archives

L'exposition "Transanatolia" de Mathias Depardon jusqu'au 6 novembre.
L'exposition "Transanatolia" de Mathias Depardon jusqu'au 6 novembre. - © Courtesy of Archives Nationales

Des confins du Caucase aux manifestations de la place Taksim à Istanbul, le photojournaliste Mathias Depardon livre sa vision de la société turque dans l'exposition Transanatolia, trois mois après son expulsion de ce pays où il a été détenu pour son dernier reportage.

L'exposition, que l'on peut visiter pendant un mois au musée des Archives à Paris depuis le vendredi 6 octobre, présente une soixantaine de clichés pris entre 2011 et 2016, alors qu'il était installé en Turquie.

Questions sociétales, environnementales, politiques où actualité pure, Mathias Depardon y aborde une large variété de thématiques liées à la Turquie, pays où la situation envers les médias s'est nettement détériorée ces derniers mois.

Pour explorer le modèle turc au-delà de ses frontières, l'exposition emmène également le visiteur en Azerbaïdjan, en Crimée et même en Chine.

L'exposition, produite par le ministère de la Culture, s'ouvre sur des photos prises à Hasankeyf, ville du sud-est de la Turquie vouée à être inondée pour la construction d'un barrage, dans laquelle Mathias Depardon faisait un reportage pour National Geographic quand il a été arrêté.

Sa détention, qui a duré un mois entre mai et juin, a suscité une forte mobilisation en France, y compris une intervention du président Emmanuel Macron auprès de son homologue turc Recep Tayyip Erdogan.

Le photographe était notamment accusé de "propagande terroriste" et de soutien au PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan, séparatistes kurdes) après des images réalisées ces dernières années.

Plusieurs des clichés incriminés figurent dans l'exposition sans être présentés comme tels, un choix du photographe de 37 ans qui ne souhaitait pas mettre l'accent sur sa détention.

"Je suis allé en Turquie pour la première fois en 2010, avec des migrants à la frontière syrienne, sept ans plus tard, j'ai passé trente jours dans un centre de détention, un peu comme eux... la boucle est bouclée", raconte-t-il à l'AFP.

L'idée de l'exposition émane du comité de soutien de Mathias Depardon qui a porté cette idée à la ministre de la Culture "pour lui permettre de tourner la page", explique Lionel Charrier, directeur photo de Libération également commissaire de l'événement.

Les textes explicatifs ont été en partie rédigés par l'ancien correspondant du Monde à Istanbul Guillaume Perrier.

C'est la première grande exposition en France de Mathias Depardon, même si ses photos ont déjà été exposées à la BNF, à New-York et à Istanbul.

"Reportage à la croisée de l'art et du documentaire", cette exposition "est un hommage rendu au magnifique travail de Mathias Depardon, ainsi qu'au pays qu'il montre à travers lui", estime la ministre de la Culture Françoise Nyssen dans le dossier de présentation.