Une exposition sur la renaissance du château de Versailles sous la République

Personnes en costumes d'époque devant le château de Versailles, dans le cadre d'un festival en 2015.
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Personnes en costumes d'époque devant le château de Versailles, dans le cadre d'un festival en 2015. - © GUILLEMETTE VILLEMIN - AFP

Le fantôme de Marie-Antoinette se faufilant dans Versailles devant des touristes éberlués : c'est la surprise finale en 3D que réserve une exposition foisonnante sur la résurrection du château royal comme lieu de pouvoir et d'identité française entre 1867 et 1937, "Versailles Revival" : Catherine Pégard, présidente de l'établissement public, justifie cet emprunt à l'anglais : le mot 'Revival' "a je ne sais quoi qui semble correspondre à l'effervescence de cette période fin de siècle où le château devient un phénomène de société".

Sous le Second Empire, Versailles n'était qu'un musée excentré que Louis-Philippe avait fait aménager, un lieu pâtissant de l'opprobre dans laquelle l'avait jeté la Révolution. Le choc salvateur est venu d'un affront : la proclamation de l'Empire allemand en 1870 dans la Galerie des glaces, après Sedan. La famille Bismarck a d'ailleurs prêté le tableau d'Anton von Werner, qui représente cette scène humiliante. "Si les Allemands n'avaient pas eu cette idée, je ne sais pas si la République serait allée à Versailles, si le traité de Versailles aurait été signé à Versailles. À partir de ce désastre, Versailles a été replacé comme symbole historique de la France", relève pour Laurent Salomé, commissaire et directeur du musée.

L'interrogation entre modernité et tradition

Versailles devient alors un sujet de productions picturales, poétiques, musicales. Et aussi un lieu de promenade populaire. "L'engouement pour le XVIIIe siècle se développe : une floraison très spectaculaire, où on puise joyeusement dans la vie de cour : Marie-Antoinette, d'horrible Autrichienne, devient une idole à la Belle Époque. Louis XIV devient populaire, personnage de livres pour enfants. Tout le monde s'amuse à jouer à la cour de Louis XIV", note le commissaire. Une opération visant à reconstituer et remeubler le château dans son état d'ancien régime est lancée. Infatigable et passionné, Pierre de Nolhac, directeur de 1892 à 1920, en sera le pivot. Il devra convaincre les gouvernements de la République.

Avant la Grande Guerre, Versailles illustrait, selon Laurent Salomé, "l'interrogation entre modernité et tradition" du moment. À la vision d'un monde englouti et sombre, qui fascinait certains esthètes – Marcel Proust y verra un "royal cimetière de feuillages" – s'opposait la volonté des conservateurs de restituer la splendeur d'origine. L'écrivain dandy Robert de Montesquiou alimenta, dans le Paris mondain, la passion pour ce lieu que, dit-il, "la peinture reproduit, la poésie célèbre" et "dont la musique s'inspire". Il règne alors une "Versaillomanie", pour peindre l'automne à Versailles.

Diverses atmosphères

L'exposition restitue diverses atmosphères, avec des photos vintage et des peintures colorées, à la limite du kitsch, mais aussi des œuvres modernes, de Georges Rouault jusqu'à Gerda Wegener. Des courts-métrages des débuts du cinéma décrivent un Versailles du XVIIIe souvent imaginé. "Le Bal des dames de la cour", de François Flameng (1888) dépeint, idyllique, les courtisanes se baignant dans un bassin. Plus austères, les films des visites de délégations étrangères, des élections en congrès, tous les sept ans, du nouveau président de la République.

Beaucoup de prêts proviennent des musées russes, à commencer par une belle série de toiles du Russe Alexandre Benois, que l'on redécouvre. Versailles était aimé en Russie, grâce notamment à certains événements comme la visite du tsar en 1886. L'engouement s'étend à l'étranger : du "Versailles des mers", le paquebot France, avec son salon Louis XIV, aux Versailles bavarois que sont les châteaux de Louis II ou encore au Versailles américain, avec notamment la villa d'Alva Vanderbilt à Newport. Le milliardaire américain John D. Rockefeller financera largement la restauration du château. "Fête de nuit à Versailles", du peintre Gaston La Touche, qui était bien oubliée à Limoges, montre un rêve merveilleux : un couple d'amoureux en barque de nuit lors des Grandes Eaux de Versailles. À la fin de la période, en 1937, le "revival" sera bel et bien accompli. En témoigne le million de visiteurs qui fréquentent alors le domaine.

L'exposition "Versailles Revival" ouvre ses portes du 19 novembres 2019 au 15 mars 2020, au sein des salles d'Afrique et de Crimée. Plus d'information sur le site web du château de Versailles.