Un voyage préhistorique fossilisé dans les sables du Nouveau-Mexique

C’est dans le parc national des White Sands que la découverte exceptionnelle a été faite : une série d’empreintes vieille de plus de 10.000 ans, qui est la plus longue jamais mise au jour. Et elle nous en apprend beaucoup sur la relation de nos ancêtres avec leur environnement.

Lorsque l’on étudie la Préhistoire, il n’y a pas que les squelettes d’animaux disparus et les crânes d’ancêtres lointains qui sont sources de savoir. Les archéologues de l’université de Bournemouth, aux Etats-Unis, en ont encore fait la preuve. Au milieu de l’étendue désertique du parc national, ils ont trouvé ce qui se trouve être un voyage fossilisé. Une série de près de 400 empreintes, s’étalant sur 1,5 km, est le témoin étonnant d’un itinéraire entrepris par une même personne, probablement une femme ou un jeune homme, portant un enfant. Des empreintes appartenant à ce dernier ont également été trouvées par endroits, lorsqu’il a été déposé au sol.

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Un voyage préhistorique fossilisé dans les sables du Nouveau-Mexique © M Bennett, Bournemouth University

Selon l’étude publiée par les scientifiques, la découverte est remarquable, car l’individu qui est à l’origine de ce sentier de traces n’a pas dévié une seule fois de sa trajectoire, et est revenu sur ses pas une fois son objectif atteint. Il ou elle est revenu les mains vides, puisque plus aucune trace de l’enfant n’est visible sur le chemin du retour, et que la profondeur des traces indique que la personne était plus légère qu’à l’aller.

On ne sait pas ce qu’il est advenu de l’enfant, peut-être était-il malade et confié à une tierce personne, peut-être était-il justement rendu à ses parents. Difficile à dire. Quoi qu’il en soit, la personne qui le tenait était pressée, car l’étude des traces de pas a démontré qu’ils se déplaçaient à une allure de 1,7 mètre par seconde, ce qui est plus que l’allure générale de la marche.

Il faut dire que l’environnement dans lequel le duo évoluait n’était pas spécialement amical. Les paléontologues ont déterminé que le terrain était extrêmement boueux, rendant la progression difficile, et qu’entre l’aller et le retour, le sol avait légèrement séché, ce qui indique que le premier trajet s’est probablement fait sous la pluie. Mais le vrai danger émanait sûrement de la faune qui grouillait aux alentours. Les fouilles ont révélé des traces de nombreux animaux présents dans le parc à la même période : des chameaux, des bisons, des paresseux géants, des mammouths, mais aussi des loups et des tigres à dents de sabre. L’endroit devait donc être infesté de prédateurs, et peu propices aux randonnées en famille.

Mais ce qui rend la découverte encore plus exceptionnelle, c’est que des traces d’animaux croisant l’itinéraire de la femme supposée et de l’enfant ont également été trouvées. Entre le premier et le deuxième trajet, ce sont des mammouths et un paresseux géant qui sont passés sur les traces du duo. Et si les pachydermes préhistoriques n’ont pas semblé plus inquiets que ça de la présence toute proche d’êtres humains, ce n’est pas le cas du paresseux. Ses empreintes montrent que l’animal herbivore, plus gros qu’un ours, s’est levé sur ses deux pattes, probablement pour renifler le passage des voyageurs et s’assurer que le danger qu’ils pourraient représenter était suffisamment éloigné.

Les résultats des fouilles, plus larges que sur la zone de l’itinéraire fossilisé, n’ont pas encore toutes été publiées. D’autres découvertes pourraient encore être annoncées dans le futur.

L'interview du Prof. Matthew Bennet, à la tête de l'équipe de recherche.