Un éléphant à Tournai !

Les musées sont ouverts ! Pour vous faire découvrir leur patrimoine, on vous raconte l’histoire de ces chefs-d’œuvre de nos collections muséales pourtant méconnus.

Le Musée d’Histoire naturelle de Tournai est plus ancien que la Belgique, puisqu’il date de 1828. Parmi une grande collection d’animaux empaillés, mais aussi des espèces vivantes du vivarium, se trouve un éléphant d’Asie à l’histoire rocambolesque.

La taxidermie pour préserver la planète

Elle fascine comme elle dérange. La taxidermie a souvent eu mauvaise presse, car empailler des animaux morts n’a, à première vue, rien de très réjouissant. Certaines pièces sont parfois franchement ratées et plus effrayantes qu’autre chose. C’est pourtant un art précieux, exercé en Belgique par une vingtaine de personnes seulement.

Elle a connu un véritable essor au 19e siècle, avec l’intérêt grandissant pour les sciences, le développement d’imposants musées, et l’expansion coloniale qui a fait découvrir de nombreuses nouvelles espèces. A l’époque, pourtant, les animaux sont souvent tués pour le plaisir ou pour être collectionnés. Ils viennent grossir les réserves des musées et sont montrés aux visiteurs avant tout pour impressionner. Aujourd’hui encore, les institutions scientifiques regorgent de ces spécimens, parfois dangereux car traités avec des produits toxiques ou inconnus.

Heureusement, la taxidermie a bien évolué, et a trouvé sa place dans la conservation de la biodiversité. Fini la chasse, les individus qui sont aujourd’hui empaillés pour les musées sont morts de causes naturelles dans des zoos ou victimes d’accidents de la route. Les espèces actuellement exposées servent de supports pédagogiques pour informer mais aussi alerter des dangers du déclin de la faune, lié à la déforestation, au braconnage, à la surpêche, au réchauffement climatique, etc. C’est une réhabilitation similaire qu’a connue l’éléphant du muséum de Tournai.

Une star déchue

C’est en 1840 que la maison Deyrolle, grand nom parisien de la taxidermie, propose au musée de lui acheter une peau d’éléphant d’Asie en relativement bon état. L’animal serait probablement mort en Europe, car venant d’un cirque ou d’un zoo, abattu par un boulet de canon car devenu "fou". La peau de la pauvre bête garde le stigmate de ce coup meurtrier. Beaucoup d’autres musées en Europe voudraient se procurer cette pièce, mais elle se trouve à l’Université de Liège qui n’a, dans un premier temps, pas réellement envie de s’en séparer, sans que l’on sache réellement pourquoi. Il faut l’intervention d’un ministre pour que le muséum puisse acquérir des pièces achetées par l’Etat belge, au même titre que les universités, et puisse donc devenir propriétaire de l’animal.

Il n’est évidemment pas question d’exposer la peau sans la monter sur une structure. L’entreprise est de grande ampleur et nécessite l’intervention de nombreux artisans : machinistes, menuisiers, peintres, cordonniers, etc. L’ensemble de l’opération coûte autant voire plus que la somme de l’achat, mais le jeu en vaut la chandelle pour le muséum de Tournai, qui devient ainsi le premier à exposer un éléphant en Belgique. Le succès est au rendez-vous.

Mais au fur et à mesure des décennies, le musée perd de sa vigueur, les visiteurs ne se bousculent pas, et les autorités n’investissent que très peu. Les collections s’amoncellent et l’institution perd beaucoup en attractivité. En 1914, il est dit que les animaux empaillés servent de cibles de tir pour les soldats. Tandis que lors de la Deuxième Guerre mondiale, les bâtiments sont bombardés. Les salles encore debout serviront de classes provisoires pour les écoliers, puis comme atelier de menuiserie et de peinture.

Inévitablement, l’éléphant tournaisien, délaissé et sensible aux variétés de température et d’humidité, se dégrade fortement. Une photographie des années 1950 le montre dans un état catastrophique.

La renaissance

Ce n’est qu’à la fin des années 1990 qu’un plan de rénovation et d’extension du musée est mis en œuvre. L’inauguration du nouveau musée à lieu en 2001, et l’éléphant y trouve une place de choix, mais toujours dans un lamentable état. C’est grâce à un don de la veuve de Paul Simon (conservateur entre 1959 et 1978), dans un premier temps anonyme et attribué 15 ans plus tard seulement, que la rénovation de l’éléphant peut être envisagée.

Ajoutée au financement public, la somme permet de faire faire les travaux par la même société qui s’est occupée du célèbre éléphant du Musée de l’Afrique centrale de Tervuren. Entièrement décapé, nettoyé, traité aux insecticides, imprégné de résines fixatrices, débarrassé des produits inflammables utilisés lors de son empaillage d’origine, puis finalement remaquillé, le pachyderme a fait peau neuve et est encore actuellement présenté dans la salle "Paul Simon" du muséum. Il a été classé au patrimoine de la Fédération Wallonie-Bruxelles comme "Trésor" en 2017.

► A lire aussi : La balade de Carine : Un précieux éléphant au Musée des Sciences Naturelles de Tournai.

Le musée est ouvert !

Vous pourrez aller admirer l’éléphant, ainsi que toutes les autres pièces de la collection naturelle tous les jours sauf le mardi et le dimanche matin, sur réservation uniquement. La visite dure une heure.

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En cette période particulière, nous avons décidé de vous faire profiter du Musée autrement, en attendant d’à nouveau...

Publiée par Vivarium | Muséum de Tournai sur Mercredi 18 novembre 2020