Sur les traces des Celtes en Ardenne, avec une simple meule de pierre

Les musées sont ouverts ! Pour vous faire découvrir leur patrimoine, on vous raconte l’histoire de ces chefs-d’œuvre de nos collections muséales pourtant méconnus.

Il n’y a pas qu’en Bretagne ou en Angleterre que la culture celtique s’est répandue ! Le musée des Celtes de Libramont, fermé pour l’instant, vous emmène à la découverte de ce peuple aussi de chez nous. Partons à la découverte de l’une de leurs traces exposée au musée : une antique meule de grès, témoin de la vie quotidienne à l’Âge du fer.

 

Mystérieux Celtes

On ne sait pas réellement quand les Celtes sont apparus, les spécialistes ne s’accordent pas sur la question. On sait tout de même que ce peuple était présent durant l’âge du Fer, entre le 8e et le 1er siècle avant JC, jusqu’à leur assimilation à la civilisation romaine. Répandus dans toute l’Europe, les Celtes étaient bel et bien présents dans nos contrées, et particulièrement en Ardenne, où ils sont attestés entre le 5e et le 2e siècle avant notre ère.

Si ce peuple est encore mystérieux à bien des égards, c’est parce que les traces que l’on en a sont assez limitées. Les traces écrites sont très maigres, car les Celtes n’écrivaient presque pas, leurs connaissances étaient transmises oralement. Les rares inscriptions, utilisant des alphabets empruntés, n’apprennent rien sur leur société. Il faut donc se fier aux écrits grecs et romains, pas toujours des plus objectifs.

C’est l’archéologie qui permet de reconstituer les sociétés celtes, mais là encore, la tâche n’est pas toujours aisée. En Ardenne, comme ailleurs, les habitations ont disparu, car faites en matériaux peu résistants : chaume, bois ou torchis. Les tombes sont les sites archéologiques généralement les plus riches car les mieux conservés. Mais cela limite évidemment les découvertes à certains champs d’étude, comme les croyances, les rites funéraires ou l’artisanat.

Comment, par exemple, comprendre comment se nourrissaient les Celtes, avec si peu d’informations disponibles ? C’est là qu’un objet comme notre meule de pierre vient éclairer les archéologues…

Un outil indispensable

Notre meule en grès a été trouvée dans une vallée boisée, proche d’un marais, un site appelé "Massofet", près de Neufchâteau, au beau milieu du massif ardennais donc. Le site a échappé à la destruction causée par le chantier de l’autoroute Liège-Arlon. Il accueillait des demeures celtiques, dont on n’a trouvé que quelques trous dans le sol comme traces. Les fouilles mettent au jour des objets qui attestent de l’occupation journalière du site : des tessons de poteries, des silex, ainsi qu’une une fosse qui servait sans doute de poubelle antique. On y retrouve également un tas de fragments de blocs de pierre, de meules, un élément de métier à tisser, ou des bouts de vases. Mais aussi, donc, la meule.

On appelle cet outil une meule "va-et-vient", comme le mouvement qu’il faut faire pour broyer les céréales que l’on y met. De forme ovale, elle est brisée en plusieurs morceaux, mais il n’en manque aucun. Elle a probablement été utilisée pour faire de la farine d’orge, de seigle, d’avoine, ou de millet, très consommés à l’époque. Ce système simple est déjà utilisé depuis des lustres, puisqu’on se sert de meules au Néolithique déjà. Et les Celtes ne se servaient pas des meules uniquement pour faire leur pain ou leurs galettes. On pouvait broyer des légumineuses, des pigments, des dégraissants pour les céramiques, etc.

La pierre dans laquelle est faite la meule donne également des informations sur les échanges commerciaux de l’époque. Il s’agit d’un grès local, que l’on retrouve à Libramont, mais qui a également été retrouvé sur des sites archéologiques à plus de 150 km, notamment dans le Nord de la France. Ce genre d’objet nous montre que les Celtes étaient loin de former des sociétés "primitives" comme on l’a souvent prétendu, et avaient même des réseaux commerciaux avec leurs voisins.

En attendant la réouverture…

Le musée des Celtes de Libramont est fermé depuis le mois de mars, car il fait peau neuve. Il devrait rouvrir à l’automne 2021, totalement rénové. Mais en attendant, vous pouvez le retrouver en ligne.

Vous pouvez suivre toute l’actualité du musée sur ses réseaux sociaux : sur sa page Facebook et sur sa page Instagram.

Sur le site internet du musée, vous trouverez tout un tas d’informations sur la vie des Celtes, et les stéréotypes qui les entourent souvent (mangeaient-ils du sanglier ? Ont-ils dressé des menhirs ?).

Enfin, amateurs et amatrices de balades et de nature trouveront leur bonheur dans le parcours pédagogique installé par le musée et l’Office de tourisme du Luxembourg-belge, dans le parc forestier de Bonance. Suivez Guy Lemaire qui vous emmène sur ce sentier dans Les Ambassadeurs.