Quand un scanner résout le meurtre sordide d'un pharaon

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image d'illustration - © LEON NEAL - AFP

La mort du pharaon Seqenenrê Tâa est l’un des mystères les plus obscurs de l’histoire de l’Egypte ancienne. Une nouvelle analyse de sa momie, faite en février dernier grâce à un scanner, a pu lever le voile sur les circonstances d’un meurtre vieux de 3500 ans.

L’Egypte divisée

Nous sommes en -1553 avant Jésus-Christ (à peu près, les scientifiques ne sont pas unanimes). L’Egypte est séparée en deux. Au sud, règne Pharaon, descendant d’une lignée déjà longue de souverains égyptiens. Le delta du Nil, dans le Nord, est occupé par des peuplades venues d’Asie, les Hyksôs, que l’Histoire a retenue comme étant des envahisseurs.

Une concurrence s’est cependant rapidement installée entre le pouvoir égyptien et ces nouveaux venus, qui fonderont la 15e dynastie, qui régnera donc en parallèle avec la 17e dynastie à laquelle est rattaché notre pharaon assassiné. Les Hyksos régneront depuis la ville d’Avaris, et les Egyptiens de souche à Thèbes, comme leurs prédécesseurs.


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Vers -1553 donc, le pharaon qui règne encore pour peu de temps sur ce pays divisé se nomme Seqenenrê Tâa. Les 25 premières années de son règne semblent s’être déroulées pacifiquement, sans heurts avec les voisins du delta. Un ancien conte mentionne bien une querelle entre le pharaon et le souverain Hyksôs Apophis, mais l’anecdote n’a probablement jamais eu lieu. Les deux hommes se seraient disputés à propos d’hippopotames trop bruyants appartenant à l’un et dérangeant le sommeil de l’autre. Quand on sait qu’ils vivaient à des centaines de kilomètres de distance, difficile de s’imaginer un conflit de voisinage à propos d’imposants animaux de compagnie. Le conte est probablement plus une métaphore, mais aucune preuve archéologique ou historique ne mentionne un conflit ouvert entre les deux pouvoirs durant cette période, jusqu’à ce que…


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Une momie en mauvais état

Lorsque sa momie est retrouvée dans les années 1880, il est évident que Seqenenrê Tâa a été brutalement tué. Ses ossements défoncés et les trous de son crâne témoignent de la violence des coups qui lui furent portés. Mais rien ne permettait, jusqu’à aujourd’hui, d’identifier clairement les circonstances de sa mort. Est-il tombé sur le champ de bataille ? A-t-il été victime d’un complot ? Le mystère restait irrésolu, bien que cette dernière théorie était privilégiée par les spécialistes, vu que l’Egypte ne semblait pas être encore en guerre.

Cela, c’était jusqu’à ce qu’une équipe égyptienne de scientifiques, menée par la radiologue et experte en momies Sahar Saleem, décide de passer le corps du pharaon au peigne fin. La momie, conservée au Musée du Caire, a donc été scannée et rescannée dans le même appareil que l’on utilise pour les vivants, et une étude a présenté les conclusions des analyses.


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Reconstruits en 3 dimensions, les os du pharaon ont fini par parler. Les analyses ont démontré qu’il était mort en mauvaise posture, les mains liées dans le dos. Les trous et blessures correspondent à plusieurs types d’armes, comme des lances, des dagues ou des haches de guerre. Des armes que l’on utilise plutôt sur le champ de bataille, et qui étaient particulièrement appréciées des Hyksôs. La position des blessures indique que les coups ont été portés par plusieurs personnes se tenant tout autour du pauvre homme.

Seqenenrê Tâa serait donc bel et bien mort à la guerre, capturé par l’ennemi Hyksôs et brutalement tabassé par plusieurs individus armés. Le scanner révèle qu’il est mort dès le premier coup porté, aucune trace d’autodéfense n’a été trouvée. Ces découvertes permettent de démontrer que la période n’était pas si pacifique que ce que l’on en a dit. Seqenenrê Tâa a bel et bien tenté de reprendre le dessus de la dynastie rivale, sans succès. Ce sont ses successeurs qui parviendront à réunifier le pays sous un seul pouvoir.

Encore un exemple qui prouve que la technologie permet d’éclaircir les zones d’ombre les moins connues de notre histoire.


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