Quand Erasme se faisait censurer par l'Eglise

Quand Erasme se faisait censurer par l'Eglise
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Quand Erasme se faisait censurer par l'Eglise - © Tous droits réservés

Les musées sont ouverts ! Pour vous faire découvrir leur patrimoine, on vous raconte l’histoire de ces chefs-d’œuvre de nos collections muséales pourtant méconnus.

Située dans le centre historique d’Anderlecht, la Maison d’Erasme propose une plongée dans le 16e siècle, à la découverte de l’Humanisme, et de l’une de ses figures de proue : Erasme. La collection du musée renferme de précieux documents d’époques, parmi lesquels un texte imprimé du maître-penseur qui a subi la censure pour avoir déplu à l’Eglise catholique de son temps.

Erasme, l’humaniste voyageur

Didier Erasme est né vers 1466 (ou 1467, ou 1469, on ne sait pas vraiment) à Rotterdam, à une époque où les actuels Pays-Bas et l’actuelle Belgique ne formaient qu’un seul ensemble. Homme d’Eglise, philosophe, théologien, et l’un des plus importants penseurs de l’Humanisme, Erasme a indiscutablement laissé une trace dans notre société moderne. On ne compte plus les hôpitaux, stations de métro ou programmes d’échange étudiant qui portent son nom.

Il faut dire que ses écrits ont marqué son temps, et certains restent d’une singulière actualité. On lui connaît, évidemment, le célèbre Eloge de la Folie, dans laquelle Erasme fait parler une déesse, symbolisation de la folie humaine. La société de l’époque, tout entière, en prend pour son grade dans cette tirade sarcastique pleine d’ironie.

Mais, profondément chrétien, Erasme s’intéresse beaucoup à la théologie, et à la Bible. Sa nouvelle traduction du Nouveau Testament fera fureur… et débat. Certains lui reprochent de toucher au sens sacré du texte, et donc de remettre en cause le dogme catholique, ce qui ouvrira la voie à un certain Martin Luther, père de la Réforme protestante.

Erasme était également un grand voyageur, et entretenait des relations amicales avec de grands penseurs, artistes et hommes influents un peu partout en Europe. Son chemin passera plusieurs fois par Louvain, où il donnera cours à la fameuse université, et par Anderlecht où il restera six mois. Alors en pleine campagne bruxelloise, il s’y refait une santé au grand air. Car l’homme, certes fragile, est plutôt… hypocondriaque. Persuadé d’être atteint de toute une série de maux, il fuit les villes où sévit la peste et se soigne aux plantes. La demeure où il réside, à Anderlecht, dispose justement d’un jardin médicinal. Elle est toujours debout, et abrite aujourd’hui un musée consacré au célèbre humaniste : la Maison d’Erasme.

Des écrits controversés

En 1516, Erasme devient le conseiller d’un jeune prince, un certain Charles de Gand, duc de Brabant, qui a 16 ans à peine. Pour éduquer de jeunes souverains comme lui aux arcanes du pouvoir (car le jeune homme est appelé à régner sur le plus grand empire de son temps, et à se faire appeler Charles Quint), l’intellectuel rédige le texte Institutio principis christiani, ou en français, "L’éducation du prince chrétien".

Il y prodigue toute une série de conseils sur comment être un monarque humaniste, bien gérer sa politique, s’entendre avec ses voisins, et être bon avec ses sujets. Il y encourage les monarques à rechercher le profit de l’Etat avant le leur, et à encourager la paix en toutes circonstances. Des préceptes qui ne seront pas vraiment suivis par Charles Quint…

Mais aussi, et malgré le fait qu’il fasse officiellement partie d’une congrégation religieuse, Erasme y égratigne l’Eglise catholique, dont il juge les excès avec sévérité, comme souvent dans ses œuvres. Une habitude qui finira, avec le temps, par lui amener des ennuis. Accusé de favoriser la montée du protestantisme de Luther (avec qui il ne s’entend pourtant pas), il ne passera sans doute pas loin du bûcher.

La censure, elle, touchera bien ses œuvres, qui seront mises à l’Index, certains seront même brûlés en places publiques quelques années après sa mort. Dans ce précieux exemplaire de l’Education du Prince chrétien conservé à Anderlecht, on peut très clairement voir les traces de l’effacement du texte original. Imprimé à Bâle, en 1516 par son ami imprimeur suisse Johann Froben, en avril 1516, ce volume a été censuré par un monastère espagnol au début du 17e siècle.

Des pans entiers, barrés à l’encre, critiquent le comportement outrancier des prêtres et des moines.

Les prêtres qui pour faire du gain colportaient des sacrements de ville en ville, les gens de Marseille ne les acceptaient pas chez eux, parce que sous prétexte de religion ils recherchaient loisir et débauche. Et sans doute serait-il de l’intérêt général qu’il y ait moins de monastères. Car cela aussi est un genre d’oisiveté, surtout pour ceux dont l’existence n’a pas été très louable, et qui vivent dans le loisir et la paresse.

On comprend que les autorités ecclésiastiques n’aient pas été enchantées de ces quelques lignes.

La Maison d’Erasme renferme plusieurs autres livres censurés, tous uniques, qui montrent bien que sa pensée était à contre-courant pour son époque. Erasme est mort à Bâle en 1536, ni sur un bûcher, ni de la peste.

Le musée est ouvert !

Il y aurait beaucoup de choses à dire et à apprendre son Erasme et son temps. Mais pour en connaître plus, une visite à la Maison d’Erasme s’impose.

Elle vous accueille du mardi au dimanche de 10h à 18h. Les réservations obligatoires se font uniquement par téléphone (02/521.13.83). Le prix d’entrée, très démocratique, mérite d’être souligné : 1,25 euro par personne !

Le jardin de la Maison sera rouvert au mois de mars, à temps pour la floraison printanière.

Notez que le béguinage d’Anderlecht, qui fait partie du musée, est actuellement fermé pour rénovation.

Toutes les informations et les activités du musée sont sur son site internet, ainsi que sur Facebook et sur Instagram.