Napoléon à Liège : le portrait de Bonaparte par Ingres, à la Boverie

Napoléon à Liège : le portrait de Bonaparte par Ingres, à la Boverie
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Napoléon à Liège : le portrait de Bonaparte par Ingres, à la Boverie - © La Boverie

Les musées sont ouverts ! Pour vous faire découvrir leur patrimoine, on vous raconte l’histoire de ces chefs-d’œuvre de nos collections muséales pourtant méconnus.

Parmi les œuvres exposées à la Boverie, à Liège, se trouve un tableau du grand maître français, Jean-Auguste-Dominique Ingres (1780-1867). L’œuvre ne représente pas n’importe qui, puisqu’il s’agit d’un portrait de Napoléon Bonaparte, réalisé avant qu’il ne devienne empereur. "Napoléon Bonaparte, Premier Consul", est l’un des témoins du lien historique entre Liège et la France.

De l’Autriche à la France

Un peu d’Histoire ! Au moment de la Révolution Française, en 1789, nos régions font partie de l’Empire autrichien. Liège, elle, est la capitale d’une principauté indépendante gérée par l’Eglise, avec à sa tête un Prince-Evêque. En 1792, alors qu’elle est en guerre avec ses voisins, la France révolutionnaire envahit les Pays-Bas autrichiens (en somme, la future Belgique). L’année d’après, ceux-ci sont intégrés à la nouvelle république française, mais sont surtout le terrain de nombreuses batailles, conquêtes et reconquêtes. Après avoir été reprises par les Autrichiens, nos régions sont définitivement annexées par la France en 1795, et en deviennent des départements.

Lorsque l’armée autrichienne bat en retraite, elle cause d’importants dommages aux villes par lesquelles elle passe. Ce sera le cas à Liège, où Amercoeur, quartier d’Outremeuse, est détruit en 1794.

Napoléon Bonaparte accède au pouvoir en 1799, lorsqu’il devient premier consul de la république française. En 1803, il se rend à Liège pour la première fois. En souvenir de ce passage, il commande un portrait de lui dans la cité ardente, qu’il offrira à la ville en 1805.

Une œuvre de propagande

Jean-Auguste-Dominique Ingres est encore un tout jeune peintre lorsqu’il est chargé de réaliser le portrait du futur empereur en 1804, puisqu’il n’a que 23 ans. Bonaparte est alors premier consul, mais son couronnement à la tête de l’Empire français n’est pas loin, et il lui faut affirmer son pouvoir dans toutes les régions sous son pouvoir, y compris dans ces lointains nouveaux départements.

Aucune séance de pose n’a lieu pour que le peintre puisse s’inspirer des traits de Napoléon. L’empereur en devenir à autre chose à faire. Ingres observe donc un autre portrait peint par Jean-Antoine Gros en 1802. Tout, dans le tableau, est donc un assemblage, une composition faite pour alimenter la propagande.

Napoléon a la main posée sur un document intitulé "Faubourg d’Amercœur rebâti". Napoléon accorde donc à la ville la reconstruction du quartier.

A l’arrière-plan, par la fenêtre, on peut voir la cathédrale Saint-Lambert, qui ne se situe pourtant pas à Amercoeur. Le bâtiment est peint en très bon état, alors qu’il est à cette époque complètement en ruine. Ingres s’inspire de gravures anciennes pour le recomposer. La présence de la cathédrale est très importante, elle symbolise la domination sur l’Eglise catholique, avec qui la France a signé le Concordat en 1801. Saint-Lambert est à l’arrière, elle apparaît donc plus petite que le futur empereur, qui s’élève au-dessus d’elle de manière protectrice.

Le tableau symbolise également la transformation de Napoléon, de général de l’armée à homme d’Etat. Fini (pour l’instant) les costumes militaires et les postures conquérantes, Bonaparte prend une pose sereine, mature, habillé de rouge, une couleur impériale. La main cachée sous la tunique est typique des postures liées aux hommes de pouvoir sages et Napoléon va souvent la réutiliser. L’œuvre toute entière est peinte pour faire de Napoléon Bonaparte l’homme idéal pour régner sur un empire.

"Bonaparte, Premier Consul" a été classé comme Trésor de la Fédération Wallonie-Bruxelles en 2012.

Le musée est ouvert !

La Boverie accueille à nouveau le public, sur réservation, du mardi au vendredi de 9h30 à 18h et le week-end de 10h à 18h.

Ne manquez pas l’expo temporaire événement, Warhol, The American Dream Factory, qui se tient jusqu’au 28 février prochain.