Les vitrines du magasin Wolfers, rare témoin de l'Art Nouveau

Les vitrines du magasin Wolfers, rare témoin de l'Art Nouveau
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Les vitrines du magasin Wolfers, rare témoin de l'Art Nouveau - © MORGANE BERGER - BELGA

Les musées sont fermés, mais leur patrimoine reste vivant. On vous raconte l’histoire de ces chefs-d’œuvre de nos collections muséales pourtant méconnus.

Parmi les trésors de notre patrimoine conservés par le Musée Art et Histoire, au Cinquantenaire, se trouve un vrai joyau de l’Art Nouveau, signé de la main du maître, Victor Horta. Si les visiteurs et visiteuses ont plutôt tendance à regarder ce qu’elles contiennent, les vitrines du magasin Wolfers valent pourtant le coup d’œil.

Lorsqu’il est engagé, en 1909, par les frères Wolfers pour dessiner leur nouvelle bijouterie, Horta est au faîte de sa gloire. Les frères Wolfers, eux, sont également en plein succès, après avoir repris l’affaire que leur père avait créée en 1850. Les bijoux et autres objets de luxe qu’ils proposent sont de vrais chefs-d’œuvre, et la clientèle aisée se bouscule dans leur boutique bruxelloise. Mais en 1909, le magasin doit déménager, car il a été exproprié par les autorités dans le cadre des travaux de la jonction ferroviaire Nord-Midi. Ils confient la réalisation intégrale de leur nouvelle boutique, rue d’Arenberg, à Horta.

Une boutique luxueuse

La nouvelle joaillerie Wolfers Frères est inaugurée le 4 novembre 1912, lors d’un événement mondain. Les invités ont l’occasion de visiter non seulement la boutique, mais aussi les ateliers où sont produites les pièces exceptionnelles. De nombreux journalistes sont présents, et l’un d’eux écrira dans le journal L’Indépendance belge :

A peine vient-on d’entrer dans l’établissement que l’or, l’argent, les émaux éblouissent les regards, enchantent l’esprit. On est entré dans un édifice des mille et une nuits, étincelant de bijoux et de cristaux. […] Sous les lustres de cristal, de hautes vitrines en acajou abritent les pièces d’orfèvrerie, les objets de luxe et d’art exposés. Aux murs sont tendues des tentures opulentes de soie mauve, où surgissent, délicates, des fleurs d’or.

Il faut dire que Wolfers est un nom reconnu dans le monde du luxe. Philippe, directeur artistique de l’entreprise, est un véritable artiste qui dessine lui-même des centaines de pièces, dont le célèbre bijou "libellule" qui deviendra le symbole de la marque. L’artiste a été honoré lors de l’exposition universelle de 1897 qui signe le summum de sa carrière. Tout au long de son existence, la Maison Wolfers, qui est toujours active, sera synonyme d’excellence de son domaine. Elle fournira même la cour royale.

Un écrin d’Art Nouveau

Comme souvent avec Horta, le mobilier est fait sur mesure pour s’insérer parfaitement dans les dimensions du magasin, et permettre aux riches clients et clientes de circuler facilement tout en admirant les articles de luxe. Réalisés en acajou de Cuba, les meubles sont imposants, et structurent véritablement l’espace de la boutique. Ils la séparent en deux zones, l’une pour le commerce de détail, l’autre pour le commerce de gros. Certaines vitrines sont en arc de cercle ou ovales, épousant les formes caractéristiques de l’Art Nouveau. L’intérieur est en velours, afin de ne pas abîmer les pièces précieuses qui y sont exposées.

Ces meubles sont précieux, car contrairement à beaucoup de pièces de style Art Nouveau, ils n’ont pas été détruits. On ne compte plus le nombre de bâtiments Horta rasés ni les bijoux Wolfers démantelés pour en réutiliser les matériaux précieux. Pour de tels objets "utilitaires", fragiles qui plus est, il est rare de résister aux affres du temps. Les vitrines sont utilisées au magasin Wolfers jusqu’en 1973. Sur ces images d’archives (sans son), on peut voir le magasin tel qu’il était quelques années plus tôt.

Du magasin au musée

Le mobilier de la boutique est cédé au Musée du Cinquantenaire. Celui-ci comprend déjà une imposante collection d’Art décoratif, parmi laquelle la plus grande collection d’objets signés Wolfers, raison pour laquelle les meubles Horta rejoignent sa collection. Certaines vitrines sont utilisées à partir de 1977 pour montrer au public des chefs-d’œuvre de l’Art Nouveau, mais plus de la moitié du mobilier est rangée dans les réserves.

Il faut attendre 2017 pour que l’ensemble des meubles soit à nouveau montré au public. Le musée inaugure sa nouvelle salle dans laquelle a été reconstituée, le plus fidèlement possible, la joaillerie. La pièce est presque aux mêmes dimensions, et la disposition des meubles est identique. Même les portes de la boutique sont remises à l’entrée de la salle. "L’aménagement intérieur du magasin a été restauré dans les règles de l’art" précise le musée. Le mobilier a été nettoyé, revernis comme à l’origine, le velours retissé à l’identique, les garnitures en bronze rafraîchies. Même les couleurs des murs ont été pensées dans la gamme mauve originelle voulue par Horta.

Depuis lors, le magasin Wolfers se visite dans l’exposition permanente du Musée royal d’Art et d’Histoire, et expose au public des bijoux authentiques de Wolfers, parmi lesquels la fameuse libellule, ou le lys du Japon, mais aussi une vaste collection d’œuvres Art Nouveau et Art Déco ; comme le Sphinx Mystérieux, sculpture en argent et ivoire.

► Découvrez Le Sphinx Mystérieux en ligne

En attendant la réouverture…

Avec la fermeture des musées pour l’instant, le magasin Wolfers est inaccessible. Mais le musée fait son possible pour être présent sur internet et montrer ses collections en ligne.

Pour découvrir les autres trésors du musée, rendez-vous sur son site internet.

►Site internet du Musée Art et Histoire

On vous conseille également de suivre ses pages Instagram et Facebook, qui font vivre autrement, souvent avec humour, les collections exceptionnelles du musée.

Better safe than sorry.

Publiée par Art & History Museum Brussels sur Lundi 9 novembre 2020