Le trésor d'un palais russe, volé par les nazis, retrouvé au fond de la mer ?

Le trésor d'un palais russe, volé par les nazis, retrouvé au fond de la mer ?
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Le trésor d'un palais russe, volé par les nazis, retrouvé au fond de la mer ? - © ANATOLY MALTSEV - BELGAIMAGE

Des plongeurs polonais ont retrouvé l’épave d’un navire cargo nazi, le SS Karlsruhe, gisant à 90 mètres au fond de la mer Baltique. Ils espèrent que dans les caisses de la cargaison se trouve l’un des joyaux du patrimoine russe, volé par l’armée allemande : une chambre entièrement composée d’ambre.

Lors de la Seconde Guerre mondiale, les troupes nazies ont pillé les œuvres d’art et le patrimoine de tous les pays qu’elles occupaient. La Russie n’a pas échappé à ce vol systématique. Saint-Pétersbourg, alors rebaptisée Leningrad, fut assiégée par les troupes d’Hitler pendant près de 900 jours, entre 1941 et 1944. Un million de civils y sont littéralement mort de la faim, et les bombardements constants ont fait des dizaines de milliers de victimes. Et si les soldats allemands ne mettront jamais un pied dans le centre historique de la capitale, farouchement défendu par l’armée soviétique, les faubourgs de la ville subiront une occupation impitoyable. Les nombreux palais majestueux qui se trouvent tout autour de la ville vont pour la plupart être dépouillés des trésors qu’ils abritent, et que les Soviétiques n’ont pas eu le temps de sauver.

Un trésor inestimable

Parmi tous ces palais, celui de Tsarkoïe Selo est sans doute le plus somptueux. Et pour cause, il s’agit de l’ancienne résidence d’été des Tsars (“Tsarkoïe Selo” veut dire “village des Tsars”). Construit à partir de 1711 pour l’impératrice Catherine I ère, le palais n’a cessé de s’agrandir et à s’embellir sous le règne des Romanov. En 1717, le roi de Prusse Frédéric-Guillaume Ier fait cadeau au Tsar Pierre le Grand de plusieurs panneaux et plaquettes en mosaïque d’ambre afin d’entièrement recouvrir les murs d’une des chambres du nouveau palais. Ce Cabinet d’ambre émerveille les visiteurs, qui parlent volontiers d’une nouvelle “merveille du monde”. Le poète français Théophile Gautier dira :

L’œil qui n’est pas habitué à une telle quantité d’ambre est comme ébloui par la richesse des tons chauds qui traversent toute la gamme des jaunes, du topaze étincelant au citron clair.

Au total, la chambre fait 55 mètres carrés et ne comporte pas moins de 6 tonnes d’ambre. En y rajoutant tous les objets de luxe qu’elle comportait à l'époque, la pièce pourrait avoir une valeur estimée à 500 millions d’euros. Un véritable trésor, donc.

Et en découvrant les splendeurs du palais de Tsarkoïe Selo, les nazis ne s’y trompent pas. Comme le cabinet vient de Prusse, il est indispensable qu’il y retourne, selon la politique de spoliation entamée par Hitler et ses sbires. Les panneaux d’ambre sont désassemblés et envoyés au château de Königsberg (actuelle Kaliningrad… ville spécialisée l’extraction d’ambre), en 1941, pour y être exposés. C’est après cela que la trace du précieux cabinet se perd mystérieusement, pour devenir l’une des énigmes les plus insolubles de l'Histoire de Russie.

En 1945, Königsberg est pilonnée par les Alliés, et l’Armée Rouge finit par reprendre la ville. Des milliers de civils sont évacués par bateaux lors de l’opération “Hannibal”, l’une des plus larges opérations d’évacuation de l’Histoire. Et c’est là que le chemin du Cabinet d’ambre a possiblement croisé celui du SS Karlsruhe.

Une précieuse cargaison ?

Le navire quitte le port de Königsberg le 12 avril 1945, et coule au large de la Pologne le jour suivant, après avoir été attaqué par l’aviation soviétique. Sur les 1083 passagers, seule une centaine survit au naufrage. Près de 300 tonnes de chargement sombrent dans les eaux froides de la Baltique, avec potentiellement, on l’aura compris, les morceaux du Cabinet d’ambre.

C’est en tous les cas la théorie des chercheurs d’épaves polonais de Baltitech, qui ont tenté d’identifier, grâce à un sonar, l’emplacement exact des restes du cargo. Après avoir fouillé plusieurs épaves aux mêmes dimensions que le SS Karlsruhe, bingo ! Les plongeurs mettent la main sur le navire et sa cargaison.

[Le navire] est pratiquement intacte. Dans ses cales, nous avons découvert des véhicules militaires, de la porcelaine, et beaucoup de caisses au contenu encore inconnu

a déclaré le plongeur Tomasz Stachura à Reuters.

Ceci dit, ce n’est pas la première théorie qui voit le jour sur le destin de cette chambre précieuse : détruites par les bombardements, cachée par les nazis au fond d’une forêt ou dans des souterrains secrets. D’autres épaves ont aussi été suspectées de garder le trésor. Le mystère reste entier, et les autorités considèrent le Cabinet disparu comme définitivement perdu. Le retrouver serait donc un véritable événement en Russie.

Discovery of SS Karlsruhe, by our #Baltictech group, attracted a lot of attention. First of all, because (theoretically)...

Publiée par Tomasz Stachura sur Lundi 5 octobre 2020

Mais on ne sait toujours pas ce que contiennent les caisses du Karlsruhe, qui donnent aux plongeurs les espoirs les plus fous. Et rien ne dit que, si les pièces d’ambre sont bien dans cette épave, l’eau de mer ne les ait pas irrémédiablement endommagées. Il faut dire que l’ambre est une matière organique et pas minérale. Cette résine durcie peut donc très bien disparaître entièrement à cause du feu ou de l’eau.

Actuellement, seuls quelques objets faisant partie du décor original, et volés séparément du reste, ont été retrouvés et rendus à la Russie.

Au palais de Tsarkoïe Selo, les visiteurs peuvent admirer une parfaite réplique du Cabinet, inaugurée en 2003 après près de 30 ans de travaux, lors d’une cérémonie officielle réunissant plusieurs chefs d’Etat. Une entreprise allemande a financé une partie de la restauration qui a été réalisée grâce à des photographies anciennes.

Il faudra encore attendre la fouille méticuleuse de l’épave du navire allemand pour peut-être connaître la conclusion de ce mystère vieux de 75 ans.