Le retour de saint Georges : le retable flambant neuf est revenu au Musée Art & Histoire

retable de saint Georges (1493) de Jan II Borman resplendit de nouveau au Musée Art & Histoire (MRAH).
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retable de saint Georges (1493) de Jan II Borman resplendit de nouveau au Musée Art & Histoire (MRAH). - © KIK-IRPA Brussels

Bruxelles, 23 avril 2021, jour de la Saint-Georges. Après trois années de recherche et de restauration, le célèbre retable de saint Georges (1493) de Jan II Borman resplendit de nouveau au Musée Art & Histoire (MRAH). L’étude interdisciplinaire, menée en collaboration avec l’Institut royal du Patrimoine artistique (IRPA), a conduit à des découvertes inattendues et a permis d’élucider des mystères séculaires. Ainsi, après près de deux siècles, les groupes de statuettes magnifiquement sculptées ont retrouvé leur emplacement d’origine dans ce chef-d’œuvre monumental, tout en étant soigneusement restauré.

Cinéma 3D avant la lettre

Le retable de saint Georges est l’un des plus beaux ensembles sculptés en bois de l’histoire occidental. Il mesure pas moins de 5 mètres de large pour 1,60 mètre de haut et contient plus de 80 figures minutieusement détaillées.

Chef-d’œuvre de Jan II Borman, maître incontestable de la dynastie éponyme d’artistes bruxellois, il est décrit de son vivant comme "le meilleur sculpteur de son temps". Le maître a signé et daté cette œuvre en 1493.

Les scènes du gothique tardif sont sans conteste intemporelles et d’une qualité tout à fait exceptionnelle. Elles surprennent le spectateur par leurs compositions cinématographiques, leurs personnages réalistes d’une grande expressivité et la virtuosité inégalée de la sculpture. Comme dans un arrêt sur image, les personnages sont représentés en pleine action. En sept scènes, Borman donne vie à l’atroce martyre de saint Georges, qui en raison de sa foi inébranlable fut suspendu par les pieds au-dessus des flammes, éviscéré pour enfin être décapité…

Une recherche interdisciplinaire

L’exposition Borman et Fils. Les Meilleurs Sculpteurs au musée M de Louvain a été, pour Emile van Binnebeke, conservateur de la sculpture européenne aux MRAH, l’occasion idéale d’examiner en détail ce chef-d’œuvre. Son association avec Emmanuelle Mercier, experte en sculpture sur bois à l’IRPA, et ses collègues des laboratoires a mené conjointement à la restauration du retable.

Seule œuvre signée par Jan II Borman, le retable de saint Georges est la clé pour comprendre tout son génie créatif. Par ailleurs, le retable a toujours été entouré de mystères. Ces trois années de recherche et de restauration ont tenté de répondre à des questions tels que : Était-il à l’origine polychromé comme les autres retables flamands ? Dans quel contexte a-t-il été créé ? Et comment expliquer l’ordre incohérent des scènes ne correspondant pas à la légende et commençant par la mort du saint ?

Une cache secrète

Pour examiner le retable sous tous ses angles et le nettoyer en profondeur, les 48 éléments en bois composant les scènes ont été soigneusement démontés. À côté des doigts, des boucles d’oreilles et des détails architecturaux qui s’étaient détachés au fil des ans, Emmanuelle Mercier et son équipe ont découvert, cachés sous les scènes, une petite figure en prière sculptée.

L’analyse au radiocarbone révèle que le bois date de l’époque du retable. Borman a peut-être caché cet ex-voto en guise de prière ou de remerciement. En démontant la scène centrale, les restaurateurs de l’IRPA ont également trouvé un morceau de parchemin de leur prédécesseur, un certain Sohest, qui y indique avoir restauré le retable en 1835.

L’ordre illogique des scènes a finalement pu être élucidé en étudiant les emplacements des chevilles et des clous originaux utilisés pour fixer les scènes dans la caisse. Ceux-ci montrent clairement que Sohest a démonté, puis replacé les scènes dans un autre ordre pour une raison encore inconnue. Deux siècles après sa première restauration, le sens du récit établi par Jan II Borman a finalement été restitué.

Un regard sur le XIXe siècle

La découverte du parchemin, daté de 1835, est également surprenante car on pensait que le retable de saint Georges n’était entré officiellement dans le musée du Cinquantenaire qu’en 1848. Lors du démontage, la signature de Sohest et la date de 1832 ont également été trouvées sur quatre statuettes d’anges refaites.

Des informations précieuses pour le conservateur Emile van Binnebeke :

Cela nous donne non seulement une idée de la durée de son intervention, mais nous apprenons également qu’on a investi dans la restauration du retable dès le début des années 1830, juste après la lutte pour l’indépendance de la Belgique. Cela jette un nouvel éclairage sur l’ambition naissante de créer un musée national.

Une technique spectaculaire

Emmanuelle Mercier, experte en sculpture sur bois (IRPA) : " Une observation attentive, complétée par des analyses en laboratoire, a révélé que contrairement à la tradition, le retable n’a jamais été recouvert de polychromie. Ceci peut expliquer le travail du bois d’une finesse remarquable, notamment dans les détails minutieux des riches costumes, qui seraient perdus même sous la plus fine couche de peinture. Jan II Borman nous a également étonnés par sa capacité à réaliser des compositions complexes comportant plusieurs personnages à partir d’un seul bloc de bois et sans le moindre assemblage. Les analyses dendrochronologiques ont montré que le sculpteur a utilisé un chêne régional plutôt dur à travailler. Autant de preuves d’un talent exceptionnel. "

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Les restaurateurs ont enlevé la poussière et la saleté des innombrables reliefs, recollé les morceaux de bois tombés dans la caisse au fil des ans, consolidé les zones fragilisées par les vers du bois. Ils ont également homogénéisé et allégé les différentes patines colorées qui avaient été appliquées depuis le XIXe siècle, dont une cire qui avait noirci tous les visages. La plasticité des reliefs associée à la minutie des détails est ainsi mieux mise en valeur.

Ce projet rendu possible grâce au soutien de la Fondation Roi Baudouin (Fonds René et Karin Jonckheere) sera visible à partir du samedi 24 avril dans la section Gothique-Renaissance-Baroque du Musée Art & Histoire.


Informations Pratiques

Musée Art & Histoire

Parc du Cinquantenaire B-1000 Bruxelles ǀ +32 (0) 2 741 73 31

info@kmkg.be ǀ www.kmkg-mrah.be

Heures d’ouvertures

mardi au vendredi, de 9h30 à 17h00

samedi au dimanche, de 10h00 à 17h00.

Réservations à kmkg-mrah.be