Le réchauffement climatique met en danger les sites d’art rupestre

Si le dérèglement climatique est un enjeu majeur, il l’est d’autant plus pour les spécialistes de l’art rupestre. Une nouvelle étude révèle que certains des plus anciens sites d’art rupestre sont menacés de disparition sous l’effet du réchauffement climatique, surtout en Asie du Sud-Est.

Les chercheurs australo-indonésiens se sont penchés sur l’île de Sulawesi, qui recense de nombreuses peintures rupestres dont une fresque figurative de sangliers des Célèbes datée d’au moins 45.500 ans. La région dans laquelle se trouve cette île indonésienne est la plus dynamique de la planète sur le plan atmosphérique, ce qui la rend particulièrement sensible au dérèglement climatique. Une situation qui inquiète les archéologues, comme l’atteste une étude récemment publiée la revue scientifique Nature.

Pour cause, le sel, la chaleur et les phénomènes météorologiques extrêmes comme El Niño contribuent à la dégradation des sites archéologiques de Sulawesi. L’alternance entre des phases de sécheresse et des pluies diluviennes pendant la mousson provoque une accumulation de sels sur les surfaces des grottes de la région indonésienne, ce qui contribue à l’exfoliation des surfaces rocheuses. "L’efflorescence saline est la croissance de cristaux de sel déposés par une solution saline, également appelée haloclastie ou cristallisation du sel. Lorsque la solution s’évapore, les cristaux se forment, se dilatent et se contractent en fonction de l’environnement qui se réchauffe et se refroidit, provoquant des tensions répétitives", expliquent les chercheurs.

Des grottes encore inexplorées

Cette cristallisation du sel endommage les surfaces calcaires à l’intérieur des grottes, créant ainsi des fissures à la surface de la roche et provoquant l’écaillage des œuvres d’art rupestres. Les communautés locales qui veillent sur ces sites archéologiques depuis des générations ont constaté que le phénomène s’est plus accéléré au cours des dernières décennies "qu’à n’importe quel autre moment de l’histoire de l’Humanité". Comme l’expliquent les chercheurs australo-indonésiens, la crise climatique "accélère la détérioration des archives uniques et irremplaçables de la culture artistique des premiers hommes". L’urgence se fait d’autant plus ressentir que de nouveaux sites d’art rupestre sont découverts chaque année à Sulawesi, et que certaines grottes n’ont pas encore été explorées.