L'incroyable histoire derrière le drapeau Wallon

Les musées sont ouverts ! Pour vous faire découvrir leur patrimoine, on vous raconte l’histoire de ces chefs-d’œuvre de nos collections muséales pourtant méconnus.

Le Musée de la Vie wallonne, à Liège, regorge d’objets importants pour le patrimoine régional. Parmi ceux-ci, figure le dessin original du drapeau wallon, réalisé par le peintre Pierre Paulus.

Une naissance mouvementée

Bien avant d’être l’emblème officiel de la région wallonne, le drapeau et son coq ont représenté le mouvement wallon dans la Belgique d’avant-guerre. Mais l’adoption du drapeau wallon par les élites politiques wallonnes n’a pas été aisée.

 

En 1905, sous la houlette d’hommes politiques comme Jules Destrée, le mouvement wallon essaie de se structurer face au mouvement flamand et d’avoir l’adhésion de la population francophone du pays. A l’époque, les symboles sont importants pour créer une identité, il faut aux Wallons et Wallonnes une hymne, une devise, un drapeau. Le dessin et les couleurs de ce dernier sont sujets à tergiversations qui vont durer plusieurs années.

De nombreuses pistes sont envisagées, mais toutes petit à petit écartées. Un sanglier ? Trop ardennais. Un taureau ? Trop agressif. Une étoile ? Déjà sur le drapeau de la colonie congolaise. Une alouette ? Sans vrai rapport. Au fil des débats, trois symboles se détachent : l’écureuil individualiste et vif, mais pas assez sociable, le perron liégeois facile à reproduire en monument sur chaque place wallonne mais trop particulier à la cité ardente, et le coq très décoratif et représentants des valeurs morales fortes (fierté, combativité), mais trop français.

L’harmonie des couleurs est également très discutée. Faut-il choisir le noir-jaune-rouge pour montrer son attachement à la patrie ? Prendre une couleur commune aux blasons des provinces ? On écarte le bleu-blanc-rouge pour des raisons évidentes, mais aussi le vert et rouge, couleurs de Bruxelles. On hésite sur le rouge et or, trop proche des couleurs de Liège.

En 1913, la décision est prise, ce sera un coq rouge sur fond blanc, avec une écharpe aux couleurs belges passant derrière. Et pour se différencier du coq chanteur français, le coq wallon sera "hardi", la tête haute et une patte levée. L’oiseau est populaire, et déjà utilisé par plusieurs organismes. Oui mais voilà, à Liège, des voix s’opposent au blanc trop salissant. Le drapeau ferait penser à un linge taché de sang et ressemblerait trop à celui du Japon. L’or et rouge de Liège reviennent sur le tapis, car ce serait un symbole fort pour souligner l’importance historique de la ville dans la construction de l’identité wallonne. Les discussions repartent, et un vote est prévu lors d’une assemblée, en avril 1913, à Ixelles.

C’est là que l’histoire s’empreint d’un surréalisme à la belge. Car la majorité des représentants politiques wallons est en faveur du drapeau blanc et rouge, mais une incompréhension des votes tronque le résultat… Car beaucoup votent pour le drapeau qu’ils ne voulaient pas, pensant que le choix concernait un blason que l'on avait aussi décidé de créer ! Impossible de revenir en arrière, le vote a eu lieu. Le mouvement wallon a donc son drapeau. Il sera accompagné d’une devise, "Wallon, toujours" et d’un cri, "Liberté !".

Un coq en peinture

C’est à l’artiste Pierre Paulus (1881-1956) qu’est confié le soin de dessiner une version officielle du drapeau, afin d’harmoniser les nombreuses représentations du coq qui sont faites après son adoption. Ci-dessous, quelques avatars incertains.

8 images
Toute 1ère représentation du drapeau. Dessin de SENCIE provenant du journal « La Lutte wallonne », organe hebdomadaire », n° 12 (23 mars 1913). © Province de Liège – Musée de la Vie wallonne
Document sur des questionnaires adressé aux candidats des élections législatives de 1914. © Province de Liège – Musée de la Vie wallonne
Document de la salle des fêtes du conservatoire royal de Liège, 1913 © Province de Liège – Musée de la Vie wallonne

Paulus réalise une aquarelle sur papier d’un mètre sur 90 centimètres, car le drapeau devra être carré. Ce sont le jaune orangé et le rouge pourpre qui sont finalement choisis comme couleurs définitives. Les petites taches noires sont des retouches de la main de l’artiste, faites avant de livrer le dessin aux militants wallons.

8 images
Le dessin de P. Paulus. Les "tâches" noires visibles à la base de la queue sont des rajouts au crayon. © Province de Liège – Musée de la Vie wallonne

La première utilisation d’importance du drapeau est attestée à Liège, en juillet 1913, lors de la visite du roi Albert et de la reine Elisabeth. Rapidement, pour faire connaître les nouvelles couleurs, on met en place un vrai merchandising. Des "goodies" de l’époque sont vendus ou distribués. Très vite, le drapeau se répand dans toute la Wallonie, et est même hissé lors d’événements ou sur des places communales.

8 images
Projet d'éventail au Coq wallon. Dessin à la plume rehaussé à l'aquarelle. Il devait probablement être offert à la reine Elisabeth par l’Union des femmes de Wallonie, lors la Joyeuse Entrée du 13 juillet 1913. © Province de Liège – Musée de la Vie wallonne
Éventail plié, monture en bois et feuille en papier, peint au pochoir avec la devise "WALLON TOUJOURS". Cet objet a été utilisé lors de la Joyeuse Entrée du Roi Albert Ier de Belgique et de son épouse la Reine Elisabeth à Liège en 1913. © Province de Liège – Musée de la Vie wallonne

Il faut attendre 1998 pour que le dessin soit officiellement choisi pour figurer sur le drapeau de la région (il est déjà celui de la Communauté française depuis 1975), et 2012 pour qu’il soit classé au patrimoine de Wallonie.

Le musée est ouvert !

Le coq hardi de Paulus est admirable au Musée de la Vie wallonne, qui se visite à nouveau, uniquement sur réservation

Vous pourrez également y visiter l'expo temporaire "Expo Moto" sur les bolides à deux roues.

Et si vous souhaitez contribuer à la collection du musée, vous pouvez lui envoyer vos archives, photos et objets en lien avec la crise du covid-19, dans le cadre de l’action "Archives de quarantaine".

► Pour tout savoir sur l’opération

Enfin, en 2018 le musée a mis sur Youtube pas moins de 156 archives filmées, sur la chaîne de la Province de Liège. Ces films vous montrent un pan de la vie des Wallons et Wallonnes de l’époque.