L'histoire de la démocratie en quelques objets symboliques, à la Maison de l'Histoire européenne

L'histoire de la démocratie en quelques objets symboliques, à la Maison de l'Histoire européenne
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L'histoire de la démocratie en quelques objets symboliques, à la Maison de l'Histoire européenne - © Tous droits réservés

Les musées sont ouverts ! Pour vous faire découvrir leur patrimoine, on vous raconte l’histoire de ces chefs-d’œuvre de nos collections muséales pourtant méconnus

La Maison de l’Histoire européenne, à Bruxelles, éclaire le passé commun de l’Europe, de l’Antiquité à nos jours, et explique l’évolution de notre système démocratique. Une fois n’est pas coutume, ce n’est pas un, mais plusieurs objets de notre patrimoine qui vous nous intéresser, chacun montrant une facette de la démocratie.

L’actualité nous le rappelle souvent, la démocratie est fragile, et est constamment remise en question. En Europe, elle ne s’est pas construite en un jour, loin de là.

Des "ostraca" pour se protéger des tyrans

Athènes, durant l’Antiquité, n’est pas vraiment le modèle démocratique que l’on connaît aujourd’hui. Si vous étiez une femme ou un esclave, pas question d’être citoyenne ou citoyen. Pour les privilégiés qui ont la chance de participer aux décisions politiques, le vote se fait de manière directe, pas de parlementaires intermédiaires.

Lorsqu’un responsable politique accumule trop de pouvoir, et représente une menace pour le fonctionnement "démocratique" de la cité, les citoyens peuvent voter en inscrivant le nom tyran potentiel sur un ostracon, c’est-à-dire un tesson de poterie, lors d’un scrutin. L’individu est alors "ostracisé", et doit partir en exile.

Cet ostracon en argile indique le nom d’un certain Kimon et est daté du 5e siècle avant notre ère.

Quand la propagande récupère la démocratie

Le 19e siècle est une période de révolutions et de "printemps des peuples", la Belgique, née en 1830, en sait quelque chose. Tout au long du siècle, des peuples s’inspirent des révolutions américaine et française pour tenter de se défaire des pouvoirs oppressifs. Avec la naissance des nationalismes, nombreux sont celles et ceux qui tentent de se départir d’une tutelle étrangère, c’est le cas de la Belgique sous le pouvoir néerlandais. Les revendications révolutionnaires font la part belle à l’implication de (presque) tous les citoyens dans la démocratie.

L’année 1848 connaît de nombreuses revendications sociales et politiques, avec des révolutions, pas toujours fructueuses, en France, en Italie, en Allemagne, en Hongrie, en Pologne, en Croatie, en Autriche, en Suisse ou encore en Roumanie. C’est aussi l’année où un certain Karl Marx publie son Manifeste du Parti communiste.

C’est un régime communiste, justement, qui est à l’origine de ce second objet. Cette sculpture de Justin Năstase a été commandée par les autorités communistes roumaines, dans les années 1970, pour commémorer la révolution de 1848. La Roumanie, alors sous la coupe du dictateur Ceaușescu, voit son histoire récupérée par le régime pour se justifier lui-même. La révolution, pourtant libérale, de 1848 sert de faire-valoir aux autorités qui s’identifient ironiquement aux valeurs démocratiques portées par les révolutionnaires.

Voter

Entre 1906 et 1989, la quasi-totalité des pays européens vont accéder au suffrage universel pour toutes et tous, à des allures différentes. La Finlande est le premier pays à donner le droit de vote à toutes les femmes, en 1906, la Belgique attendra 1948.

Avec la création des institutions européennes, la démocratie prend une nouvelle ampleur sur le continent, avec la mise en place du Parlement européen, qui dans un premier temps regroupe certains parlementaires nationaux des pays membres, et n’a qu’un pouvoir limité. Mais en 1979, tout change, car pour la première fois, neuf pays (Allemagne de l’Ouest, Belgique, Danemark, France, Irlande, Italie, Luxembourg, Pays-Bas et Royaume-Uni) élisent en même temps leurs représentants. C’est la première organisation internationale à devenir réellement démocratique, et c’est aussi le temps de la première campagne électorale de cette envergure sur le continent. 410 sièges sont en jeu, et 62% de la population des pays concernés se rendront aux urnes cette année-là.

Le drapeau du départ

Qui dit démocratie, dit autodétermination. En démocratie, un peuple a la capacité à se gérer lui-même, à décider ce qui est bon pour lui ou non. C’est ce principe qui a prévalu à la tenue du référendum qui a mené au Brexit, qu’on ne vous présente plus. Si sur le continent, une grande partie des démocrates considèrent que sortir de l’Union européenne s’assimile à un recul de la démocratie, souvent assimilée au multilatéralisme, les référendums font partie intégrante de nombreux systèmes démocratiques. Et ce même si leurs résultats peuvent parfois donner l’impression de brider cette même démocratie.

Le drapeau britannique conservé à la Maison de l’Histoire européenne, le fameux "Union Jack" a été retiré du bâtiment "Jacques Delors", qui abrite le comité des régions, en 2019. Il est devenu le symbole de ce tout premier retrait d’un État membre de l’Union.

Le musée est ouvert !

La Maison de l’Histoire européenne est ouverte, les vendredi, samedi et dimanche, sur réservation.

Vous pourrez visiter sa vaste exposition permanente, mais aussi l’exposition temporaire intitulée Fake For Real, qui questionne le principe des "fake news" à travers l’Histoire.