L'archéologie résoudra-t-elle le mystère de la colonie de Roanoke ?

"Croatoan", le seul indice laissé par la colonie disparue, jusqu'à ce que les archéologues s'en mêlent
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"Croatoan", le seul indice laissé par la colonie disparue, jusqu'à ce que les archéologues s'en mêlent - © Fotosearch - Getty Images

C’est l’un des mystères qui hante l’histoire américaine depuis des siècles. La disparition inexpliquée, au 16e siècle, de la colonie anglaise de Roanoke pourrait bien être résolue par les archéologues.

La colonie perdue

Nous sommes en 1587, sous le règne d’Elisabeth Ière, reine d’Angleterre. Des explorations ont eu lieu sur la côte est de l’Amérique du Nord, afin de lancer le royaume dans la colonisation du continent. Les premiers explorateurs débarquent sur un territoire qu’ils nomment "Virginie", en référence au surnom de la Reine dite "Vierge".

L’année 1587, donc, est celle où une toute première colonie anglaise, composée d’une centaine de civils dont 18 femmes, s’installe sur la petite île de Roanoke. En arrivant, les colons sont censés retrouver la quinzaine d’hommes qui avait été laissée là en garnison, après les premières explorations quelques années plus tôt. Pourtant, personne. Qu’importe, on établit tout de même un village, dans un endroit pourtant assez hostile et entouré de peuples locaux qui risquent de ne pas apprécier l’arrivée des nouveaux venus.

Dans un premier temps, tout se passe bien. La petite colonie prospère, et voit même la naissance du tout premier bébé anglais né en Amérique, une petite fille nommée… Virginia. Le gouverneur décide de retourner en métropole pour ramener plus de colons et de matériel. Il ne reviendra qu’en 1590 à Roanoke, bloqué par la guerre navale avec l’Espagne. Et lorsqu’ils débarquent, lui et ses hommes ne trouvent plus aucune trace de la colonie. Hommes et femmes se sont volatilisés, mais il n’y a aucune trace de violence, aucuns corps enterrés, les bâtiments ont même été démontés, signe que le déménagement n’a pas été précipité. Un seul mot est gravé sur un tronc d’arbre : Croatoan. C’est le nom d’une île voisine, où il n’y a pourtant personne non plus.

Un mythe américain

Plusieurs missions seront chargées de découvrir ce qu'il est arrivé à la colonie, dont une menée par John Smith (celui de Pocahontas). Rien n'y fait. On dit que la colonie a été massacrée par une "tribu" locale, ou que les survivants ont été aperçus captifs dans des villages amérindiens, on trouve même des explications surnaturelles. Et durant les décennies puis les siècles qui suivent, l'histoire de la première colonie américaine devient une vraie légende populaire aux "States". Le mythe de la colonie perdue devient une attraction touristique, est raconté au théâtre, inspire Stephen King, et s'adapte à la TV dans la série horrifique American Horror Story.

Les théories loufoques sont légions : invocations d'esprits démoniaques, interventions extraterrestres, punition divine...Mais ce sont en général toujours les Amérindiens qui sont pointés du doigt. La propagande coloniale qui les fait passer pour les "méchants sauvages sanguinaires" les désignent comme coupables idéaux. 

Les archéologues à la rescousse

Désireuses d'établir la vérité scientifique, plusieurs équipes d'archéologues se sont penchés sur la question de cette mystérieuse disparition au fil des ans. Très vite, une théorie ressort : celle d'une assimilation. Les colons, pour survivre alors qu'ils se pensaient abandonnés de la métropole, se seraient probablement réfugiés auprès des peuples locaux, qui n'auraient plus rien de "sanguinaires".

C'est en tout cas ce que laissent indiquer plusieurs fouilles, dont celles menées en janvier 2020 par la fondation First Colony. A quelques 80km de Roanoke, les archéologues ont en effet découvert des artefacts de facture européenne sur les sites de villages amérindiens, laissant supposer que des colons y ont vécu. Ils auraient donc migré vers l'intérieur des terres en abandonnant leur camp d'origine, pour une raison qui reste à éclaircir : manque de ressources, voisins hostiles, climat, voire un peu de tout cela. 

Il reste encore beaucoup de zones d'ombre à éclaircir pour connaître la vérité quant au sort de la première colonie anglaise en Amérique, mais les archéologues ont sans doute fait un pas vers la résolution de ce mystère vieux de quatre siècles.