Dix nouveaux Trésors de la Fédération Wallonie-Bruxelles

Plusieurs œuvres historiques majeures viennent à nouveau d'être reconnues comme Trésors par la Fédération Wallonie-Bruxelles. Cette reconnaissance permet de mettre en valeur ces fleurons de notre patrimoine artistique et culturel mais surtout de mieux les protéger, d’aider à la restauration ou d’empêcher qu’ils soient vendus à l’étranger. 

Le décret du 11 juillet 2002 permet de classer comme Trésor les biens qui présentent un intérêt notable pour la Fédération Wallonie-Bruxelles. Dans ce cadre, plusieurs œuvres dont la qualité artistique, la rareté ou les liens avec l’histoire et l’histoire de l’art ne sont plus à démontrer, sont davantage valorisées grâce à ce classement.

1. Le métier à tisser Jacquard

La première œuvre classée est un métier à tisser Jacquard datant de la seconde moitié du XIXe siècle. 

Il s’agit d’un métier servant à tisser le ruban dit " à barre " avec fronton marqueté, équipé d'une mécanique Jacquard et d’un carton perforé.

Fabriqué à Saint-Etienne, le métier à tisser est exceptionnel par la qualité de sa marqueterie et par son appareillage d’origine en verre.
Le bien apparaît à la fois unique et rare, tant dans sa facture qu’au niveau de sa présence à Comines, le travail de la soie naturelle s’avérant éphémère (à peine quinze années).

2. La paire d’aigle-lutrins de la Collégiale Saint-Pierre de Leuze

Le seconde œuvre classée est une paire d’aigle-lutrins offerte à la Collégiale Saint-Pierre de Leuze au milieu du XVe siècle. 

La présence de deux lutrins aigles, qui peut sembler étonnante, se justifie par le fait qu’un des lutrins était utilisé pour la lecture des Évangiles et le second pour la lecture des Épîtres. Même si le doublement liturgique des lutrins est attesté dans d’autres églises européennes, il est le seul témoin de cette pratique sur le territoire de la Fédération Wallonie-Bruxelles.
Provenant visiblement du même atelier, ces deux lutrins portent le témoignage des pratiques de fonderie des ateliers tournaisiens du XVe siècle.

3. Le "Mortier du roi Den "

L’œuvre classée la plus ancienne de cette série est une vasque, dénommée usuellement "Mortier du roi Den " datant de la première dynastie égyptienne (début du IIIe millénaire). Elle a été découverte dans la tombe du roi Den, à Abydos, en Egypte lors de les fouilles d’Emile Amélineau en 1895-1896. Sculpté dans un type de grès (grauwacke), cette vasque porte, dans un cartel rectangulaire en léger relief, le nom du roi Den, dans une façade crénelée représentant le palais et surmontée par le faucon Horus. Cette pièce constitue un témoignage précieux et rare de la période archaïque. 

4. Deux fragments de statue colossale

D'autres biens classés provenant de l’archéologie égyptienne et conservés au Musée royal de Mariemont sont deux fragments de statue colossale datant du premier siècle avant J.-C. Ils sont composés d’un buste féminin et de mains enlacées. Les deux fragments faisaient vraisemblablement primitivement partie d'un groupe colossal monolithe représentant un roi et une reine se tenant par la main. La tête de la statue masculine se trouve actuellement au musée d'Alexandrie.
Ces vestiges constituent les seuls fragments colossaux de statuaire ptolémaïque conservés en dehors de l’Égypte, ce qui positionne indéniablement la collection égyptienne du Musée de Mariemont comme l’une des références internationales en la matière. 

5. Un Flabellum du XIIIe siècle

Le troisième bien conservé au Musée royal de Mariemont qui vient d’être classé est une œuvre orientale du XIIIe siècle, un Flabellum. Il est composé d’un disque circulaire en bronze et d’un manche conique dans lequel on insérait un bâton en bois. La face principale est gravée d’une inscription en langue syriaque ainsi que d’une Vierge à l’enfant dans un décor de style islamique. Servant initialement d’éventail ou de chasse-mouches, les flabellums, souvent utilisés par paire, peuvent prendre une autre symbolique en jouant un rôle précis lors des processions et dans l’ordination des diacres. A l’exception de son parèdre qui est conservé au Musée du Louvre, cette pièce est unique au monde. 

6. Retable sculpté de l’église Saint-Denis de Liège

La Ministre a également classé le retable sculpté conservé dans l’église Saint-Denis de Liège
Datant de la première moitié du XVIe siècle, ce prestigieux retable tripartite est divisé horizontalement en deux parties principales : la partie supérieure est ornée des scènes de la Passion du Christ et la partie inférieure comprend des scènes illustrant l’histoire de saint Denis. 

Ce retable est, à plusieurs titres, l’un des plus remarquables qui soient conservés en Belgique. Il se distingue par son format monumental, par la qualité de ses sculptures, par une polychromie partielle unique et par l’association de scènes de styles différents. De plus, le retable était à l’origine couvert de volets avec de multiples panneaux peints attribuables à Lambert Lombard et à son atelier. Enfin, il ne comporte étonnamment aucune présence de marque de fabrication.

7. Les reliques de saint Lambert

Le bien classé suivant est également liégeois, il s’agit de deux suaires qui enveloppaient à l’origie les reliques de saint Lambert. Ils sont conservés aujourd’hui au Trésor de la Cathédrale Saint-Paul de Liège. Le premier suaire actuellement à l’état fragmentaire est décoré de formes ovales contenant des fleurs très schématisées. Le deuxième suaire est quant à lui conservé de manière exceptionnelle. Le décor trahit une forte influence islamique, probablement iranienne même s’il a été très probablement réalisé par un atelier byzantin provincial. La méthode de tissage avant-gardiste en fait cependant une pièce tout à fait rarissime.

8. le recueil des baux annuels d’exploitation du charbon par veine

Les centres d’archives privées accueillent également des trésors comme le recueil des baux annuels d’exploitation du charbon par veine octroyés par l’Abbaye de Saint-Ghislain.
Celui-ci comprend deux grandes catégories de documents : 46 baux d’exploitation de charbon par veine octroyés dans le dernier quart du XVIIe siècle par l’Abbaye de Saint-Ghislain et l’ensemble des annotations liées à la gestion de ces mêmes baux. 

Ce recueil est un survivant rare d’une catégorie de documents utilisés dans les établissements religieux sous l’Ancien régime mais qui n’ont pas résisté aux aléas de l’histoire. Son sauvetage constitue une aubaine pour les chercheurs. Il permet non seulement d’être un témoignage précieux pour l’histoire de l’Abbaye de Saint-Ghislain mais également une source concernant les prix pour l’exploitation charbonnière en Hainaut.

9. Le tableau "Jeunesse" de Pierre Paulus

Le tableau peint par Pierre Paulus intitulé Jeunesse est l’avant-dernière œuvre

 classée. Cette peinture, datée de 1911, représente un jeune couple d’amoureux sur les rives de la Sambre, sur lesquelles se déploient une intense activité industrielle.
Cette œuvre, même si elle est précoce dans la carrière du peintre, est importante à plus d’un titre. Les éléments majeurs de sa peinture y sont représentés quand il évoque le bassin industriel de la Sambre : la rivière elle-même, le monde ouvrier, les usines et la mine. Elle marque également le début de la renommée de cet artiste et constitue un réel concentré de la démarche du peintre entre valeur documentaire, poésie et réalisme.

10. La Châsse de Sainte-Begge d’Andenne

Le dernier bien qui vient d’être classé est la Châsse de Sainte-Begge d’Andenne un chef-d’œuvre injustement méconnu de l’orfèvrerie religieuse de la Renaissance de nos régions.
La datation et l’attribution de la châsse sont complexes car il s’agit d’une œuvre composite réalisée en deux campagnes principales, par plusieurs orfèvres différents. La conception de l’ensemble de l’œuvre peut être rattachée à une première campagne située vers 1560-1580. Les représentations d’apôtres ont été graduellement ajoutées par la suite, de 1608 à 1645. De qualité inégale, elles sont l’œuvre de différents artisans.