Au Chili, les changements climatiques menacent les plus vieilles momies du monde

On associe toujours les momies à la civilisation égyptienne, et pourtant elle n’est ni la seule, ni la première société ancienne à avoir pratiqué la momification. Deux millénaires avant les pharaons, un peuple pratiquait déjà ce rite funéraire : les Chinchorros du Chili. Aujourd’hui, cet héritage classé au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis cette année, est en péril. La cause ? Le réchauffement climatique.

C’est le journaliste du National Geographic Mark Johanson qui a publié cette information dans le magazine. Son enquête démontre que nombre de précieuses momies préhistoriques vont irrémédiablement souffrir des changements climatiques. En cause, l’augmentation de l’humidité et les glissements de terrains.

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Une culture ancestrale

La culture Chinchorro est l’une des plus anciennes qu’ait connues l’humanité. Entre la cordillère des Andes et l’océan Pacifique, il y a près de 9000 ans, les Chinchorros ont développé une précivilisation dans cet environnement aride et hostile qu’est le désert d’Atacama, dans le nord du Chili.

Ces chasseurs-cueilleurs-pêcheurs ont pratiqué très tôt la momification, il y a environ 7000 ans, et se sont perfectionnés dans cet art au fil du temps. Tous les individus étaient momifiés : hommes, femmes et enfants, quelle que soit leur position dans la société. On est bien loin des fastes des pharaons ou du prestige des Incas. Ce qui caractérise les momies Chinchorros et les rend uniques au monde, ce sont justement les techniques avec lesquels les corps ont été préservés. Point de bandelettes ici, mais des matériaux naturels étonnants : argile, bâtons de bois, roseaux. On enlevait les chaires et les organes pour les remplacer par des éléments dans ces matières, avant de recoudre de la peau humaine ou du cuir d’otarie par-dessus.

Les défunts ainsi démembrés et réassemblés sont devenus presque décoratifs. Ce sont des traces uniques du rôle fondamental des croyances par rapport à la mort dans cette société préhistorique. La pratique a perduré au moins jusqu’en -890 avant notre ère. Quelque 300 corps, dont beaucoup d’enfants, ont été découverts sur les différents sites, et certains sont encore ensevelis dans leur sépulture d’origine.

L’UNESCO sauvera-t-elle les momies ?

Le climat sec et aride de l’Altacama a permis que les momies Chinchorros parviennent jusqu’à nous. Redécouverts en 1917, les défunts se répartissent sur plusieurs sites, souvent à flanc de collines abruptes. Au fur et à mesure, on a découvert de nouvelles tombes parfois par hasard. Avec les glissements de terrain dus aux précipitations de plus en plus fréquentes, des fragments de momies dégringolent de temps en temps les pentes. D’après le National Geographic, les locaux les récupèrent de plus en plus souvent, pour les protéger ou les réenterrer.

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Des momies conservées dans un musée © Tous droits réservés

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L’article souligne aussi que le courant d’air chaud El Niño, qui subit des changements radicaux à cause de la hausse des températures, modifie profondément le taux d’humidité de la région. L’humidité, le pire ennemi de tant de biens culturels anciens, favorise l’apparition de moisissures et autres organismes ravageurs. Même les momies conservées dans les musées locaux ne sont pas hors de danger, car les infrastructures sont bien souvent mal adaptées à leur bonne conservation.

Alors le classement à l’UNESCO, en juillet dernier, est porteur d’espoir pour celles et ceux qui se battent pour sauver cet héritage exceptionnel. Le projet de construction d’un nouveau musée, ayant des équipements adéquats, est attendu avec impatience. Faire partie de la liste du patrimoine mondial de l’humanité, et la reconnaissance internationale qui va avec, verra peut-être une hausse du tourisme dans la région, et donc une amélioration des moyens alloués à la préservation des momies.

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Inconnue au début du siècle passé, la culture Chinchorro imprègne désormais toute la région (ici, un monument représentant une momie inauguré en 2018) © Tous droits réservés