Une rétrospective James Tissot pour le déconfinement du Musée d'Orsay

Le musée d'Orsay rouvre ce mardi 23 juin avec une rétrospective de l'intrigant James Tissot
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Le musée d'Orsay rouvre ce mardi 23 juin avec une rétrospective de l'intrigant James Tissot - © Philippe LOPEZ / AFP

Le Musée d’Orsay a mis fin à trois mois d’un confinement douloureux, synonyme d’une chute vertigineuse des recettes, avec une rétrospective de l’intrigant James Tissot, peintre ironique de la bourgeoisie triomphante de la fin du XIXe siècle des deux côtés du "Channel".

"James Tissot (1836-1902), l’ambigu moderne": cette exposition était l’un des événements attendus du printemps culturel.

le programme de l'exposition en disponible en ligne

Avec son inauguration, le 23 juin, c’est tout l’immense musée parisien de la peinture moderne qui est enfin ouvert. Mais uniquement sur réservation, avec port du masque à partir de onze ans et jauges différentes selon les espaces. Et pas de spectacles vivants avant novembre.

Ce dispositif très restrictif réduit à 4 à 5000 visiteurs les prévisions de fréquentation par jour, contre 12 à 13.000 à la même époque l’an dernier, évalue pour l’AFP la présidente de l’Établissement public, Laurence des Cars.

"C’est un cap extrêmement difficile, avec plusieurs dizaines de millions de pertes de recettes. Nous sollicitons une aide exceptionnelle de l’Etat", concède-t-elle.

70% des ressources propres proviennent en effet normalement de la billetterie.

Alors que d’habitude 60% des visiteurs sont des étrangers allant voir d’abord les collections permanentes, Mme des Cars cible cette année les publics parisiens et franciliens qui vont surtout voir les expositions temporaires.

"Nous avons tenu à n’en annuler aucune. Ces expos, à Orsay comme à l’Orangerie (musée qui dépend du même Établissement public), sont un moteur de fréquentation pour le public dit de proximité. Tissot est pour ces publics un évènement, suscite la curiosité", dit-elle.

Tissot, dont la dernière rétrospective remonte à 1985 à Paris, arrive avec trois mois de retard et pour quatre semaines seulement.

S’il n’est pas aussi connu que Gauguin ou Renoir, cet ami de Degas représente "une autre forme de modernité": c’est un peintre "très romanesque, très littéraire". "Il faut casser la lecture monolithique du XIXe siècle" entre conformistes et modernes et "c’est aussi notre mission", observe Mme des Cars.

Inspiration pour les cinéastes

Croisières luxueuses sur la Tamise polluée, lecture d’un journal au salon, réceptions, bals, jeux d’enfants gâtés, promenades au jardin : une touche sensuelle, un sens éminent de la mise en scène, des couleurs chatoyantes, des lumières indirectes, des compositions subtiles, des tenues élégantes, tout cela pourrait être conformiste mais ne l’est pas, car l’ironie, le rêve, la mélancolie les imprègnent. Il peint l’ennui et l’envie d’évasion d’une bourgeoisie régnante.

Des cinéastes comme Martin Scorsese, James Ivory, Jane Campion, s’en sont directement inspirés. Et également les pionniers du 7e Art au début du XXe siècle, comme le montre l’exposition.

Influencé par les préraphaélites anglais, épris de japonisme, Tissot exécute aussi des centaines d’estampes et d’aquarelles et même des objets en émail cloisonné.

"Il incarne parfaitement les grands paradoxes du XIXe : d’un côté la foi dans le progrès, le matérialisme triomphant, le positivisme. De l’autre, le siècle de la mort de Dieu, une sorte de doute métaphysique, une recherche spirituelle […]", note le commissaire Paul Perrin.

Les femmes, objets du désir des hommes, regardent ailleurs, refusent d’être des poupées vêtues à la mode pour témoigner de la richesse de l’époux, veulent s’extraire de la scène. Les enfants s’ennuient et se déguisent. Les hommes, loin du modèle de la virilité de l’époque, sont alanguis.

Tissot "introduit soit une forme d’ironie, soit une forme de mélancolie, de lassitude, de tristesse, dans des figures censées être triomphantes," ajoute Paul Perrin.

Quatre tableaux reprennent l’évangile de l’enfant prodigue. "Le fils prodigue dans la vie moderne, peut-être Tissot s’identifie-t-il à ce thème : prodigalité, repentance", note la commissaire Marine Kisiel. Sont aussi montrées quelques-unes des 700 aquarelles de l’Ancien et Nouveau Testaments qui vont illustrer "La Vie de Notre Seigneur Jésus-Christ", un livre largement diffusé.

C’est en fin de compte "un artiste assez subversif entre l’impressionnisme et l’académisme, plein de sous-entendus, de références et d’ironie", résume Cyrille Sciama, directeur général du musée des impressionnismes de Giverny.