"Pornocratès dans tous ses états", une exposition au Musée Rops à Namur

Félicien Rops, Pornocratès, 1879, pastel, craie, crayon et aquarelle, 29 x 18 cm.
Félicien Rops, Pornocratès, 1879, pastel, craie, crayon et aquarelle, 29 x 18 cm. - © Coll. privée courtesy Galerie Patrick Derom

L'oeuvre emblématique de Félicien Rops (1833-1898), le "Pornocratès", nous montre une grande femme nue sur une frise, conduite par un cochon à queue dorée. L'artiste en a réalisé plusieurs versions de dimensions différentes.

Du 24 mars au 13 mai et sur le thème "Pornocratès dans tous ses états", le Musée provincial Félicien Rops à Namur met en lumière ce chef-d'oeuvre en l'entourant de créations d'autres artistes qui s'inscrivent dans une démarche artistique similaire à la sienne.

En effet, pour évoquer la modernité toujours actuelle du "Pornocratès", des créations d'artistes comme Pol Bury, Jacques Charlier, Jacques Lennep ou encore Antoine Roegiers sont exposées à côté de ce chef-d'oeuvre de l'Art belge qui est, sans doute plus que jamais, représentatif d une certaine "belgitude".

Rops dira: "Je viens de terminer une grande étude de femme d'après mon nouveau petit modèle que j'ai eu la cruauté de faire poser par huit degrés sous zéro, nue comme la vérité. L'Art rend féroce."

Réalisé en 1878 et exposée en 1886, lors du Salon du groupe d'avant-garde "Les XX" à Bruxelles, le "Pornocratès" n'y passera pas inaperçu au point que des visiteurs indignés demandèrent au bourgmestre de faire retirer le tableau. "J'ai fait la trouée dans l'hypocrisie de notre temps" réagira Rops avec l'humour qui le caractérise.

Quelle est la symbolique de cette oeuvre et comment fut-elle accueillie au XIXe siècle ? Voilà quelques-une des questions qui se posent face à ce dessin que d'aucuns considèrent comme le point de départ du Symbolisme alors que d'autres évoquent son caractère surréaliste.

Mais l'exposition donne aussi l'occasion de présenter, pour la première fois, une vingtaine d'états de la gravure en couleurs réalisée par Albert Bertrand en 1898. Une campagne de restauration, accomplie par le Service du Patrimoine de la Fédération Wallonie-Bruxelles, permet de présenter les diverses étapes, de cette technique d'impression colorée, mise en images par la Cinémathèque de Bruxelles.

Ivre de son corps, la femme apparaît aussi comme un être perpétuellement en rut, qui ne pense qu'à "être foutue" pour reprendre les mots de Charles Baudelaire, proche de Rops. Dans cette perspective, seule la référence à la sexualité débridée, orgiaque, effrénée des anciens dieux et déesses permet de traduire, dans des représentations plus ou moins acceptables, les excès féminins qui n'en finissent pas de troubler l'homme du XIXe siècle.

L'exposition accompagnée d'un catalogue comprenant 104 pages et 60 illustrations, publié aux éditions de la Province de Namur, est accessible au public du mardi au dimanche de 10h00 à 18h00. Renseignements et informations sur le site du Musée Rops.