Les musées peuvent-ils devenir des marchands d'art ? La question fait polémique aux Etats-Unis

Le Baltimore Museum of Art espérait obtenir 65 millions de dollars grâce à la vente de trois oeuvres de sa collection chez Sotheby's.
Le Baltimore Museum of Art espérait obtenir 65 millions de dollars grâce à la vente de trois oeuvres de sa collection chez Sotheby's. - © Jon Bilous / Shutterstock

Le Baltimore Museum of Art n’est pas allé au bout de son projet controversé de proposer aux enchères chez Sotheby’s des œuvres de Clyfford Still, Brice Marden et Andy Warhol tirées de sa collection, afin de diversifier sa collection et de financer certaines de ses charges régulières. Cette pratique, plus connue comme "deaccessioning", fait l’objet de vifs débats ces derniers mois en réaction à la pandémie.

"1957-G" de Clyfford Still était estimé entre 10,3 et 15,4 millions d’euros, tandis que "3" de Brice Marden aurait pu atteindre jusqu’à 12,8 millions d’euros. Le monumental "The Last Supper" d’Andy Warhol aurait pu, quant à lui, s’arracher pour 34,2 millions d’euros.

La vente de ces toiles, qui devait générer près de 55 millions d’euros, aurait permis au Baltimore Museum of Art de "rééquilibrer" sa collection d’art, en acquérant des œuvres réalisées par des femmes et des artistes issus de minorités ethniques. Le musée américain avait également annoncé la création d’un fonds dédié, qui aurait été utilisé pour compenser les coûts de recherche, de conservation, de documentation et d’exposition de ses œuvres d’art, ainsi que pour renforcer les salaires de son personnel et prolonger ses heures d’ouverture.

Nous sommes intimement convaincus que les musées existent pour servir leurs communautés par le biais d’expériences avec l’art et les artistes. Nous croyons fermement que les musées et leurs collections ont été construits sur des structures que nous devons nous efforcer, par des actions audacieuses et concrètes, de modifier et de réimaginer afin qu’elles répondent aux exigences de l’avenir

avait affirmé le musée dans un communiqué.

Des intentions louables qui n’ont pas convaincu le conseil d’administration du Baltimore Museum of Art, et l’Association des directeurs de musées d’art (AAMD). Deux membres du conseil d’administration sont revenus sur leur décision de faire don de 50 millions de dollars au musée, alors que l’AAMD est revenu sur les résolutions qu’elle avait adoptées en avril dernier face à la pandémie. A l’époque, l’institution avait assoupli ses règles en lien avec la pratique controversée du "deaccessioning", afin de permettre aux musées américains de vendre certaines de leurs œuvres d’art pour financer l’entretien de leurs collections permanentes.

Je reconnais que nombre de nos institutions ont des besoins à long terme – ou des objectifs ambitieux – qui pourraient être soutenus, en partie, en profitant de ces résolutions concernant la vente des œuvres d’art. Mais quelle que soit la gravité de ces besoins à long terme ou le bien-fondé de ces objectifs, la position actuelle de l’AAMD est que les fonds nécessaires ne doivent pas provenir de la vente d’œuvres d’art de leur collection

a affirmé Brent Benjamin, président du conseil d’administration de l’AAMD et directeur du St. Louis Art Museum.

Bien que ce communiqué officiel ne mentionne pas explicitement le Baltimore Museum of Art, les opposants à la vente des œuvres Clyfford Still, Brice Marden et Andy Warhol s'en sont emparés comme preuve que les plans du musée étaient en violation des directives de l’AAMD.

Le Baltimore Museum of Art n’est pas le seul musée américain à contempler l’idée de se séparer de certaines pièces de sa collection d’art en réponse à la pandémie. Le Brooklyn Museum a récemment proposé aux enchères une dizaine d’œuvres de sa collection chez Christie’s, dans l’espoir d’obtenir 34 millions d’euros pour financer l’entretien de ses collections. Parmi elles se trouvait le portrait "Lucretia" de Lucas Cranach l’Ancien, qui a dépassé son estimation initiale pour atteindre 4,3 millions d’euros.