Le palais impérial de Berlin devient un musée controversé, lié à la colonisation

Berlin a inauguré mercredi son nouveau château impérial abritant un vaste musée ethnologique.
Berlin a inauguré mercredi son nouveau château impérial abritant un vaste musée ethnologique. - © Tobias Schwarz / AFP

Berlin a inauguré mercredi son nouveau château impérial abritant un vaste musée ethnologique, après des années de controverses sur cette reconstruction du palais des rois de Prusse, aujourd’hui encore au cœur d’une polémique sur le colonialisme.

Avec ses imposantes façades surmontées d’une coupole baroque, le complexe trône sur la célèbre île aux Musées. Le château n’a pas eu droit à sa grande inauguration, confinement partiel oblige.

Le musée du château, le Forum Humboldt, a vocation de devenir "un modèle et une référence" dans la réflexion sur le colonialisme, a promis la secrétaire d’Etat à la Culture Monika Grütters.

La pertinence d’installer en ce lieu le musée contenant près de 20.000 pièces issues en grande partie des anciennes colonies allemandes, a dès le début fait polémique. L’édifice fut en effet la résidence principale des Hohenzollern, empereurs colonisateurs. Partiellement détruits par les bombardements alliés, ses vestiges furent rasés, après la défaite du IIIe Reich, par le pouvoir communiste.

Lancés en 2013, les travaux ont coûté 677 millions d’euros, soit près de 100 millions de plus que prévu à l’origine, et pris du retard. Ce "clone" du château historique est doté de 3/4 des mêmes façades baroques que l’original, dont les éléments les plus anciens dataient du 15e siècle. Derrière les façades refaites s’étendent quelque 40.000 m² d'un bâtiment moderne.

Bronzes du Bénin
A une semaine de l’inauguration, l’ambassadeur du Nigeria en Allemagne a jeté un pavé dans la mare en réclamant de nouveau le retour dans son pays de "Bronzes du Bénin", dont environ 180 doivent être exposés au musée.

Ces plaques, avec leurs bustes et sculptures en laiton fabriquées entre le 16e et le 18e siècle, décoraient le palais royal du Royaume du Bénin, dans l’actuel Nigeria. Elles avaient été réparties dans plusieurs musées européens après le pillage du pays par les Britanniques à la fin du 19e siècle.

Le diplomate affirme avoir adressé "une lettre formelle" au nom de son pays à Angela Merkel et Monika Grütters. La fondation du patrimoine culturel prussien, qui gère les musées publics berlinois, assure de son côté "ne pas avoir reçu de demande officielle de restitution", mais être en contact "depuis longtemps" avec les autorités nigérianes pour trouver des solutions afin de montrer les œuvres dans leur pays d’origine.

L’Allemagne a ainsi mis en place en mars 2019 un projet visant à "identifier les œuvres issues du contexte colonial dont l’appropriation a eu lieu de façon contraire à la loi ou éthiquement injustifiable", souligne-t-on au ministère des Affaires étrangères, une démarche devant ouvrir la voie à leur restitution. Certains restes humains ont déjà été rendus à leurs pays d’origine. Le même genre de réflexion est actuellement mené en Belgique.