Le Musée d'Orsay revisite la figure paradoxale de l'écrivain Huysmans

L'exposition "Huysmans critique d'art, De Degas à Grünewald, sous le regard de Francesco Vezzoli", se tiendra jusqu'au 1er mars 2020 au Musée d'Orsay.
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L'exposition "Huysmans critique d'art, De Degas à Grünewald, sous le regard de Francesco Vezzoli", se tiendra jusqu'au 1er mars 2020 au Musée d'Orsay. - © Courtesy of Musée d'Orsay

Du naturalisme zolien au rêve et au mysticisme : l’écrivain et critique d’art Joris-Karl Huysmans, féroce dénonciateur des peintres académiques, trace un itinéraire très singulier à la fin du XIXe siècle. C’est ce que met en évidence une exposition qui débute ce mardi au Musée d’Orsay.

C’est une de ces figures inclassables et paradoxales du Paris intellectuel de la Troisième République, au même titre que le critique d’art et collectionneur Félix Fénéon (1861-1944), auquel le musée de l’Orangerie, qui dépend du musée d’Orsay et est spécialisé comme lui dans l’art moderne, consacre une exposition. Admirateur de Manet, de Degas, de Caillebotte, ami de Zola, Huysmans (1848-1907) défend le réalisme mais réhabilite aussi le rêve en peinture. Il connaîtra une conversion religieuse radicale. Il se passionnera alors pour les peintres primitifs aux thèmes mystiques, d’où ce titre, un peu énigmatique, choisi pour l’exposition : "De Degas à Grünewald".

Comme le montre l’exposition, sa plume n’était pas tendre du tout, quand il décrivait certaines toiles admirées et académiques comme "la naissance de Vénus" de William Bouguereau : ce peintre, dira-t-il, "a inventé la peinture gazeuse, la pièce soufflée. Ce n’est plus de la porcelaine, c’est du léché flasque, quelque chose comme de la chair molle de poulpe". À la fin du parcours, l’artiste italien Francesco Vezzoli, chargé de donner une touche contemporaine à l’exposition, revisite dans une salle obscure le fameux retable d’Issenheim de Matthias Grünewald.

Des anti-romans décadents

Stéphane Guégan, commissaire et conseiller scientifique du musée, entend rectifier dans cette exposition, organisée de concert avec les musées de Strasbourg, le classement de Huysmans parmi les "décadents". Au contraire, explique-t-il, ses romans, très célèbres et discutés à leur époque, "À rebours" (1884) et "Certains" (1889) "condamnent le vice fondamental de la société" et sont, par essence et par le moyen de l’ironie, "des anti-romans décadents". "Huysmans fustige un art faux et néfaste, dresse un bilan à charge du réel de son époque, dénonce le narcissisme et parle de la marchandisation de l’art, thème bien actuel aujourd’hui", note M. Guégan. Pour ce grand penseur, au contraire de Zola, "naturalisme et expression du rêve en peinture ne s’excluent pas". L’exposition les réconcilie sous le regard acéré de Huysmans.

L’exposition "Huysmans critique d’art, de Degas à Grünewald, sous le regard de Francesco Vezzoli" peut être visitée jusqu’au 1er mars au musée d’Orsay à Paris. Plus d’informations sur le site du musée.