Giorgio De Chirico et les surréalistes belges : la rencontre entre un rideau et un bilboquet

Giorgio de Chirico au BAM : L'incertitude du poète, 1913
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Giorgio de Chirico au BAM : L'incertitude du poète, 1913 - © RTBF Pascal Goffaux 2019

Le BAM - Musée des Beaux-Arts de Mons consacre une exposition au peintre Giorgio De Chirico et à l’influence qu’il exerça sur trois surréalistes belges : René Magritte, Paul Delvaux et Jane Graverol.

Le maître italien né en 1888 en Grèce passe les dix-huit premières années de son existence sur le sol natal. Ensuite, il se passionne pour l’art et s’intéresse à la philosophie allemande à Munich avant de rejoindre Paris en 1910 après un bref séjour à Florence. A vingt-deux ans, son œil est formé. Tous les éléments sont en place dans son esprit et son regard pour réaliser un tableau métaphysique : l’Italie avec ses places désertes, l’architecture et les statues antiques, le temps suspendu, les références mythologiques et le rapprochement d’objets sans logique rationnelle. L’image crée un sentiment d’inquiétante étrangeté qui fascine les surréalistes entre 1910 à 1919. Giorgio De Chirico opère ensuite un retour au métier. Il se qualifie de pictor classicus. Le pionnier de l’art moderne déçoit André Breton. Le pape du mouvement surréaliste ne reconnaît plus le travail novateur de l’artiste métaphysique.

En 1924, René Magritte découvre une reproduction du Chant d’amour de Giorgio De Chirico dans la revue belge Sélection. Il ne peut retenir ses larmes. Dix ans plus tard, Paul Delvaux est aussi confronté pour la première fois à l’oeuvre de De Chirico dans l’exposition Minotaure au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles. Une révélation pour Delvaux qui emprunte alors la voie du surréalisme. Jane Graverol subit également une influence à partir des années 1940.

Le rideau et le bilboquet se retrouvent pareillement dans les univers de Magritte et De Chirico. Le tableau dans le tableau, représentation empruntée au créateur italien initie la réflexion de Magritte sur le caractère trompeur de l’image qui est une représentation de la réalité. L’oeuvre de Giorgio De Chirico influence également l’iconographie de Paul Delvaux. Il y a l’Antiquité gréco-romaine, les femmes-statues de marbre figées dans l’éternité et l’aire du tableau construite comme une scène de théâtre. Enfin, la créatrice Jane Graverol fait pas mal d’emprunts à la mythologie qui irrigue l’oeuvre de De Chirico.

Giorgio De Chirico. Aux origines du surréalisme belge : Magritte, Delvaux, Graverol est une exposition montée en collaboration avec le Musée d’Art moderne de la Ville de Paris. Elle rassemble quarante-quatre œuvres de Giorgio De Chirico dont 27 prêtées par l’Institution française et 17 en provenance de musées européens et de collections privées. Sept toiles appartiennent à la première période dite métaphysique. Les quatre artistes se partagent les cimaises du BAM jusqu’au 2 juin.